Détente-Macky à l’ONU : les prophètes ont-ils perdu leur boussole?

Par Mamadou Sèye

Chroniqueurs, marabouts et hommes politiques avaient déjà célébré la victoire. Mais voilà que le principal intéressé décide de quitter la course. Dimanche détente !

Il faut parfois savoir s’arrêter pour regarder le spectacle que nous offre notre vie publique. Et, franchement, la course de Macky Sall au secrétariat général des Nations unies mérite que nous sortions nos mouchoirs. Non pas pour pleurer, mais pour essuyer les larmes de rire !

Pendant des semaines, voire des mois, certains de nos compatriotes semblaient avoir déjà installé l’ancien Président de la République dans le fauteuil d’António Guterres. Sur les plateaux de télévision, dans les commentaires politiques et jusque dans les cercles où l’on consulte volontiers les étoiles, la victoire de Macky Sall était annoncée avec une assurance qui forçait presque l’admiration.

Il ne manquait plus que la cérémonie d’investiture et le discours inaugural !

Les chroniqueurs avaient leurs arguments, les hommes politiques leurs convictions et les marabouts, leurs prières. Chacun apportait sa contribution à cette grande entreprise d’espérance nationale. A les entendre, le Sénégal allait bientôt pouvoir se glorifier d’avoir placé l’un de ses anciens dirigeants à la tête de la plus grande organisation internationale.

L’affaire était presque entendue. Pourquoi s’embarrasser de doutes quand on dispose de tant de certitudes ?

Et puis, patatras !

Ce samedi 17 octobre, Macky Sall annonce lui-même le retrait de sa candidature. Après le vote informel du Conseil de sécurité organisé la veille, l’ancien chef de l’Etat explique vouloir favoriser l’émergence d’une candidature consensuelle, en relevant que les différents votes tests semblaient plutôt favoriser l’Amérique latine et les Caraïbes, éventuellement avec une candidate.

Voilà donc notre candidat qui range ses ambitions onusiennes, tandis que les prophètes de sa victoire doivent chercher une autre page dans leur calendrier des prédictions.

Mais que deviennent les certitudes lorsqu’elles se heurtent aux faits ?

C’est ici que commence notre véritable sujet de détente.

Car nous connaissons la musique. Dans notre pays, il arrive qu’une hypothèse devienne une certitude, qu’une conviction politique se transforme en vérité incontestable et qu’un commentaire de plateau prenne les allures d’un bulletin officiel des Nations unies. Il suffit parfois qu’une personnalité soit soutenue par des amis puissants pour que certains lui attribuent déjà les clés de l’institution convoitée.

Or, le secrétariat général de l’ONU n’est pas un fauteuil qu’on obtient à force de commentaires enthousiastes. Le processus dépend notamment des rapports de force entre les grandes puissances, des votes au Conseil de sécurité et de la recherche d’un accord suffisamment large. Les prières peuvent accompagner une candidature ; elles ne remplacent pas la diplomatie.

Il faut donc distinguer le souhait, le pronostic et le résultat. Trois choses que nos spécialistes du commentaire confondent parfois avec une facilité déconcertante.

Le plus intéressant, maintenant, serait d’écouter ceux qui nous avaient présenté cette victoire comme une évidence. Vont-ils reconnaître que leurs prévisions étaient prématurées ? Vont-ils expliquer les limites de leur analyse ? Ou découvriront-ils, après coup, qu’ils avaient en réalité annoncé autre chose ?

Nous ne doutons pas de leur imagination. Dans le domaine de la justification rétrospective, notre pays ne manque pas de talents !

Quant aux marabouts, nous leur laisserons volontiers le soin de nous expliquer les mystères de leurs consultations. Mais nous suggérerons respectueusement aux chroniqueurs de garder un peu de place pour l’incertitude. La politique internationale est une affaire trop sérieuse pour être réduite à un concours de certitudes.

Il n’y a d’ailleurs aucune honte à se tromper dans un pronostic. Ce qui est plus difficile, c’est de reconnaître qu’on s’est trompé. L’honnêteté intellectuelle ne consiste pas à avoir toujours raison, mais à savoir réviser son jugement lorsque les faits vous donnent tort.

Et Macky Sall, dans cette histoire, n’a pas nécessairement besoin de nos sarcasmes. Il a annoncé son retrait, en invoquant la recherche d’un consensus. Les raisons diplomatiques qu’il avance lui appartiennent. Mais cette décision suffit à rappeler une vérité élémentaire à tous ceux qui avaient déjà distribué les invitations à la cérémonie de victoire : on peut soutenir un candidat sans être assuré de son succès.

Au fond, cette petite aventure nous enseigne quelque chose de plus profond sur nos habitudes politiques. Nous aimons les héros annoncés, les victoires proclamées avant l’heure et les certitudes qui rassurent nos camps respectifs. Nous préférons parfois entendre ce qui nous plaît plutôt que ce que les faits nous autorisent réellement à conclure.

Et lorsque la réalité vient déranger le scénario, nous cherchons un autre scénario.

Alors, aujourd’hui, ne soyons pas trop sévères. Que les chroniqueurs gardent leurs micros, que les hommes politiques conservent leurs ambitions et que les marabouts poursuivent leurs prières. La vie publique serait bien triste si personne ne se risquait jamais à un pronostic.

Mais, de grâce, la prochaine fois qu’un candidat sera présenté comme le futur patron de l’ONU, attendons au moins que les Nations unies aient fini de compter leurs voix !

Car, en diplomatie comme ailleurs, il vaut mieux attendre le résultat avant de célébrer la victoire.

Et si certains de nos prophètes avaient déjà préparé le champagne ou le bissap, qu’ils ne s’inquiètent pas : il pourra toujours servir à arroser une autre prédiction.

A condition, cette fois, de ne pas nous annoncer à l’avance qui tiendra la bouteille !

Bon dimanche à tous !

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