Par Mamadou Sèye
La séance plénière consacrée à l’examen de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 n’aura finalement pas permis aux députés de se prononcer sur le fond. A la demande du ministre des Finances, Cheikh Diba, le texte a été renvoyé en commission, en application de l’article 84 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Le Président Ousmane Sonko en a pris acte. Les discussions vont donc se poursuivre.
Le renvoi est une décision de procédure. Ce n’est ni l’adoption du texte ni son rejet. Mais il révèle une réalité politique que les discours sur le dialogue ne sauraient dissimuler : le gouvernement n’a pas encore obtenu l’adhésion de l’Assemblée à ses choix budgétaires.
Il faut rappeler les faits. La commission des finances avait rejeté le projet de LFR. Le groupe parlementaire PASTEF s’y était opposé, tandis que Takku Wallu Sénégal s’était abstenu. Cette configuration aurait dû suffire à convaincre l’exécutif qu’un texte budgétaire ne se fait pas accepter par la seule invocation des contraintes financières, aussi sérieuses soient-elles.
Le gouvernement a choisi de revenir à la table des discussions. C’est son droit. Mais il ne saurait transformer cette nouvelle séquence en simple opération de communication. Le problème posé n’est pas celui de la disponibilité des députés au dialogue. Il est celui du contenu même du budget rectificatif et des arbitrages qu’il impose au pays.
C’est ici que se situe la responsabilité du pouvoir exécutif. C’est lui qui a élaboré le projet, arrêté les priorités et conduit les discussions avec le Fonds monétaire international. Il lui revient désormais d’expliquer les choix opérés, de répondre aux interrogations des parlementaires et de justifier les sacrifices demandés aux populations. La contrainte financière ne dispense pas de rendre compte des décisions prises.
Car derrière les chiffres, il y a des investissements publics réduits, des dépenses sociales contestées et des choix qui engagent directement les conditions de vie des Sénégalais. On ne peut pas, d’un côté, proclamer une ambition de transformation économique et sociale et, de l’autre, demander aux représentants du peuple d’approuver des arbitrages dont les conséquences ne sont pas suffisamment expliquées.
C’est dans ce contexte qu’il faut entendre les propos tenus par Ousmane Sonko au terme de la demande de renvoi. Le Président de l’Assemblée nationale a rappelé que l’institution avait toujours été ouverte au dialogue, tout en mettant en garde ceux qui, selon ses termes, se livrent à l’agitation et aux menaces. Il a surtout posé une ligne de conduite : si le texte sert les intérêts des populations, les députés le voteront ; dans le cas contraire, ils le rejetteront. Et, a-t-il insisté, rien ne se passera.
Cette déclaration mérite attention. Le dialogue ne signifie pas la capitulation, pas plus que le désaccord parlementaire ne constitue en soi une crise institutionnelle. L’Assemblée nationale n’est pas une chambre d’enregistrement. Elle a vocation à examiner, discuter, amender lorsque la procédure le permet, et décider librement des textes qui lui sont soumis.
Le rappel est d’autant plus important que le débat sur la LFR s’inscrit dans une situation financière difficile, marquée par la question de la dette et par les négociations avec le FMI. Mais la gravité de cette situation ne saurait justifier que le débat démocratique soit ramené à une alternative sommaire : accepter le projet ou être tenu pour responsable des difficultés du pays.
L’enjeu n’est pas de nier les contraintes. Il est de déterminer comment les affronter, qui doit en supporter le poids et quelles priorités doivent être préservées. Voilà précisément ce que les discussions en commission doivent permettre d’éclaircir.
Le renvoi offre donc au gouvernement une nouvelle occasion de répondre aux objections soulevées. Il ne lui garantit aucunement un vote favorable. La suite dépendra de la substance des échanges, des réponses apportées et des éventuelles modifications du texte.
Le véritable jour de vérité n’est pas celui où l’on suspend une plénière pour gagner du temps. C’est celui où chacun devra assumer ses choix devant la représentation nationale et, au-delà, devant les Sénégalais.
Le gouvernement devra convaincre. Les députés devront juger le texte au regard de leurs responsabilités. Et les populations auront le droit de savoir si les sacrifices qui leur sont demandés correspondent à une stratégie cohérente de redressement ou à des arbitrages dont elles supporteraient seules les conséquences.
La LFR reste donc à l’épreuve. Le dialogue est ouvert. Le verdict parlementaire, lui, attend encore.