LFR : quand Kiiraay s’agite, la démocratie suit son cours

Par Mamadou Sèye

Il faut parfois savoir raison garder. A la veille de l’examen en séance plénière de la loi de finances rectificative (LFR) 2026, la sortie de responsables de Kiiraay contre le groupe parlementaire PASTEF donne à cette confrontation budgétaire une tournure qui n’a pas lieu d’être.

Que reproche-t-on exactement aux députés de PASTEF ? D’avoir un point de vue sur la LFR ? D’avoir refusé d’adopter le texte en commission des Finances ? Ou d’entendre exercer leurs prérogatives constitutionnelles sans recevoir d’instructions de l’Exécutif ?

Le groupe parlementaire PASTEF n’a fait qu’exercer les prérogatives que lui confèrent les textes. La majorité parlementaire peut approuver un projet de loi, le rejeter ou proposer des amendements. Que sa position déplaise au gouvernement ou à la formation politique du Président de la République ne saurait transformer l’exercice d’un droit parlementaire en faute politique.

Il y a mieux. A la veille de la plénière de ce mardi 27 octobre, le groupe parlementaire a réaffirmé sa disponibilité au dialogue. L’Assemblée nationale elle-même s’est déclarée disposée à rencontrer le gouvernement pour rechercher un compromis, tout en demandant des informations complémentaires sur le texte budgétaire. Cette ouverture ne signifie pas que les députés doivent renoncer à leurs exigences. Elle signifie qu’ils sont prêts à discuter, sans abandonner les responsabilités que leur confère leur mandat.

Voilà donc une majorité parlementaire qui défend une position, mais ne ferme pas la porte au dialogue. Où est le scandale ?

Dans une démocratie, le Parlement n’est ni une chambre d’enregistrement ni un service placé sous l’autorité du gouvernement. La majorité qui y siège ne perd pas ses prérogatives parce que l’Exécutif est dirigé par un Président élu sur une promesse de rupture. Au contraire, le respect des institutions commence précisément lorsque les désaccords surgissent entre des pouvoirs issus de la même dynamique politique.

Le plus étonnant reste cependant la posture de Kiiraay. Que le parti du président de la République exprime son opinion sur la LFR est parfaitement légitime. Qu’il défende les arbitrages budgétaires du gouvernement l’est tout autant. Mais prétendre dicter aux députés la conduite qu’ils doivent tenir revient à méconnaître la place du Parlement dans une démocratie.

Le président de la République dispose de prérogatives constitutionnelles. Le gouvernement dispose des siennes. L’Assemblée nationale également. Chacun doit assumer ses responsabilités dans le cadre des textes, sans chercher à faire passer ses choix politiques pour des obligations imposées aux autres institutions.

Si le Président estime devoir utiliser les moyens juridiques à sa disposition, qu’il le fasse dans le respect de la Constitution. Personne ne lui conteste ce droit. Mais les députés ont, eux aussi, le droit de défendre leur lecture de la situation budgétaire et de voter en conséquence.

Le Premier ministre disposait également d’une voie constitutionnelle s’il souhaitait engager la responsabilité de son gouvernement dans la perspective d’un rejet de la LFR : l’article 86 de la Constitution. Il a annoncé qu’il n’entendait pas recourir à cette procédure. C’est son choix, et il lui appartient d’en assumer les conséquences politiques. On ne peut pas renoncer à un mécanisme institutionnel et reprocher ensuite aux autres acteurs de la vie publique de continuer à exercer leurs propres prérogatives.

Il ne revient donc pas à Kiiraay de combler, par des déclarations tonitruantes, les espaces que les choix de l’Exécutif laissent volontairement ouverts. Les vociférations politiques ne modifient ni la Constitution ni les règles du débat parlementaire.

Au fond, cette agitation ne rend service ni au Président de la République ni au débat démocratique. Elle risque surtout de donner le sentiment que, pour certains responsables politiques, la légitimité d’une décision parlementaire dépendrait de sa conformité aux attentes du chef de l’Etat. Or, une démocratie dans laquelle les députés ne pourraient exercer librement leur mandat serait une démocratie singulièrement appauvrie.

Nous sommes en pleine démocratie, et c’est précisément cela qui compte. Les désaccords doivent pouvoir s’exprimer, les institutions doivent fonctionner et les choix de chaque acteur doivent être assumés. Nul n’est tenu d’approuver la position de PASTEF sur la LFR. Mais nul ne devrait non plus prétendre lui retirer le droit de la défendre.

Demain, la plénière tranchera. Les députés auront à se prononcer sur le texte, et le pays pourra apprécier les positions défendues par les uns et les autres. Ce vote ne sera pas remplacé par les communiqués, les mises en garde ou les déclarations de circonstance.

Rendez-vous donc à la plénière. C’est là, dans l’hémicycle et selon les règles de la République, que cette séquence doit trouver son dénouement.

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