Par Mamadou Sèye
Camarade, on voudrait parfois être d’une naïveté époustouflante.
Voir les choses dans une banalité effarante. Ne pas chercher midi à quatorze heures. Ne pas convoquer les grands théoriciens de la politique, les sondeurs, les spécialistes du comportement électoral ou les experts en communication.
Regardons simplement ce qui se passe sous nos yeux.
En 2024, le Sénégal a élu Bassirou Diomaye Faye dès le premier tour avec 54,28 % des suffrages. Il était le candidat désigné par Ousmane Sonko. Quelques mois plus tard, aux législatives, la liste conduite par Sonko obtenait 54,96 % des suffrages et 130 députés sur 165.
Et depuis, il suffit de regarder.
Touba. Kaolack. Bambali. Ziguinchor.
Des foules partout.
Vendredi à Kaolack, après son passage à Touba. Samedi à Bambali, où il était l’invité de Sadio Mané. Puis à Ziguinchor, où son arrivée a encore drainé une foule considérable.
Alors, soyons naïfs.
Empiriquement, l’écrasante majorité du peuple sénégalais est avec Sonko.
Voilà.
C’est dit.
On peut naturellement discuter le mot « écrasante ». On peut discuter la méthode. On peut expliquer que les foules ne sont pas des bulletins de vote.
Mais enfin, regardons aussi la réalité en face.
Quel autre homme politique sénégalais peut aujourd’hui se déplacer à travers le pays et provoquer une telle mobilisation populaire ?
La question mérite d’être posée.
Et certains de ses détracteurs vont même jusqu’à parler de « gourou » et de « secte » à propos de Sonko et de ses militants. Très bien. Prenons-les au mot, pour notre petite détente du dimanche.
Si Sonko est un « gourou », comme ils le disent, voilà une secte qui, en 2024, a envoyé 130 députés à l’Assemblée nationale.
Rien que cela devrait déjà nous rendre un peu méfiants à l’égard des explications trop faciles.
Mais revenons à notre naïveté.
Puisque tous les hommes politiques nous expliquent qu’ils veulent travailler au bonheur du peuple sénégalais, voilà une recette d’une simplicité désarmante.
Laissons donc le peuple choisir.
Le peuple veut Sonko ?
Qu’il choisisse Sonko.
Le peuple veut quelqu’un d’autre ?
Qu’il choisisse quelqu’un d’autre.
Mais puisque Sonko est aujourd’hui celui qui semble disposer de la plus forte capacité de mobilisation populaire, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de l’expérience démocratique ?
Pourquoi ne pas faire goûter directement au peuple sénégalais celui qu’il a déjà porté, par procuration, à travers le candidat qu’il avait désigné en 2024 ?
Sonko au Palais.
Voilà notre petite idée du dimanche.
Pas par la rue.
Pas par la force.
Pas par quelque arrangement de palais.
Par les urnes.
Et si, en 2029, le peuple sénégalais décide de porter Ousmane Sonko à la présidence de la République, il faudra simplement respecter sa décision.
C’est cela, la démocratie.
Et si le peuple en décide autrement, il faudra respecter sa décision de la même manière.
Mais franchement, camarade, à voir les foules de ces derniers jours, on comprend pourquoi cette petite idée nous est venue.
Touba.
Kaolack.
Bambali.
Ziguinchor.
Et demain, qui sait ?
Peut-être tout simplement le Palais.
Laissons donc le peuple choisir.
Après tout, puisque tous nos politiciens affirment travailler pour son bonheur, il serait peut-être temps de lui demander directement ce qu’il en pense.
Dans les urnes.
Voilà notre naïveté du dimanche.
Et elle n’engage que nous.