Par Mamadou Sèye
Il est devenu tellement indispensable qu’on ne sait presque plus comment nous vivions avant son arrivée. Le téléphone portable nous accompagne partout : au salon, dans la chambre, aux toilettes, au marché, au bureau et même à table. Il est le premier objet que nous cherchons au réveil et souvent le dernier que nous consultons avant de fermer les yeux. Certains lui accordent même plus d’attention qu’à leur conjoint. C’est dire !
A l’origine, il devait simplement permettre de communiquer à distance. Aujourd’hui, il fait tout : réveil, montre, appareil photo, banque, journal, poste de télévision, carnet d’adresses, calculatrice et parfois même conseiller matrimonial. Il ne lui manque plus que la capacité de préparer le déjeuner et de faire la vaisselle !
Mais derrière cette formidable invention se cache un petit monde de comportements qui méritent qu’on s’y arrête. Prenez, par exemple, la manière dont nous enregistrons les noms de nos contacts. C’est tout un roman !
Il y a ceux qui inscrivent honnêtement le nom de leurs amis, de leurs collègues et de leurs proches. Et puis il y a les autres ! Ceux qui ont développé un véritable art du camouflage. Un numéro qui devrait normalement porter le nom d’une certaine personne se retrouve enregistré sous une identité parfaitement anodine : « Plombier », « Électricien », « Cabinet médical », « Livraison », « Comptable » ou encore « Service après-vente ».
Ne cherchez surtout pas à comprendre. Le plombier n’a peut-être jamais réparé un robinet de sa vie. L’électricien ne connaît rien aux installations électriques. Quant au service après-vente, il n’a probablement jamais vendu le moindre appareil !
Le plus amusant, c’est que ces petits arrangements peuvent devenir de véritables pièges. Imaginez un téléphone posé tranquillement sur la table du salon. Soudain, une sonnerie retentit. Sur l’écran apparaît « Ma chérie », « Mon cœur » ou « Urgence ». Le propriétaire se précipite pour décrocher, mais le conjoint a déjà aperçu le nom. L’ambiance change instantanément. Le dîner peut attendre. L’enquête commence !
D’autres préfèrent les initiales, les chiffres, les surnoms mystérieux ou les petits symboles. Un cœur, une fleur, un soleil… Tout est bon pour brouiller les pistes. Mais attention : le téléphone peut être intelligent, il n’est pas toujours discret !
Et que dire des groupes WhatsApp ? Il y en a pour tout : la famille, les anciens camarades, les collègues, les amis du quartier, les tontines, les associations et les retrouvailles. Certains groupes sont tellement bavards qu’on peut y trouver, en une seule matinée, 147 messages, 23 vidéos, 18 audios et une dizaine de salutations. Celui qui revient après quelques heures d’absence doit presque prendre un congé pour rattraper son retard.
Il y a surtout les messages vocaux interminables. Vous demandez simplement à quelqu’un à quelle heure il arrive. Il vous envoie un audio de quatre minutes qui commence par les salutations, passe par les nouvelles de la famille, évoque la circulation, raconte une rencontre et finit par annoncer qu’il ne viendra finalement pas !
Sans oublier les fausses nouvelles qui circulent à la vitesse de l’éclair. Un message alarmant, accompagné d’une photographie sortie de son contexte, fait le tour des téléphones avant même que quelqu’un ait pris la peine de vérifier. Et quand on découvre que l’information est fausse, elle a déjà fait trois fois le tour du pays.
Le téléphone a aussi ses petites tyrannies. On le consulte machinalement, même lorsqu’aucune notification n’est arrivée. On le cherche dans toute la maison alors qu’il est dans notre poche. On se réveille pour regarder l’heure et, une heure plus tard, on est toujours sur Facebook. Quant à la batterie, lorsqu’elle tombe à 2 %, certains vivent une véritable crise existentielle. Il faut trouver une prise électrique comme si notre survie en dépendait !
Et pourtant, nous ne pouvons plus nous en passer. Il nous rapproche de ceux qui sont loin, nous permet de travailler, de nous informer, de garder des souvenirs et de rendre de précieux services. Le problème n’est donc pas le téléphone lui-même, mais l’usage que nous en faisons.
Une petite recommandation, tout de même : si vous avez quelque chose à cacher, évitez de laisser votre téléphone déverrouillé sur la table du salon. Et si vous avez enregistré votre mystérieux contact sous le nom de « Plombier », assurez-vous au moins que votre conjoint ne vous demande pas de réparer la fuite !
Au fond, le téléphone portable est un formidable compagnon. Mais il a un défaut majeur : il garde tout en mémoire, et son propriétaire n’a pas toujours une mémoire aussi sélective que lui !
Bon dimanche à tous. Et surtout, surveillez vos contacts… Rires !