Par Mamadou Sèy
Il y a une tendance inquiétante chez certains à vouloir se transformer en procureurs médiatiques dès qu’un dossier sensible surgit. Or, dans un Etat sérieux, ce sont les enquêteurs, les magistrats et les juridictions qui établissent les faits, qualifient les infractions et déterminent les responsabilités. Pas les plateaux de télévision, pas les réseaux sociaux, encore moins les entrepreneurs de morale publique en quête de visibilité.
Ce qui frappe dans cette affaire , c’est cette volonté de tout mélanger : homosexualité, pédophilie, VIH, criminalité organisée, morale publique… comme si l’émotion devait remplacer le droit. Pourtant, dans un dossier aussi délicat, la prudence devrait être la règle absolue. Une accusation publique n’est pas une condamnation judiciaire. Et dans un pays de droit, même les personnes les plus contestées ont droit à une procédure régulière et à la présomption d’innocence.
Le plus dérangeant est cette manière de se substituer pratiquement aux autorités compétentes. Quand certains détaillent publiquement des éléments supposés de procès-verbaux, interprètent les choix du parquet ou expliquent pourquoi un juge aurait pris telle ou telle orientation, on finit par se demander qui instruit réellement les dossiers : la justice ou les commentateurs permanents ?
Le Sénégal est un pays attaché à ses valeurs culturelles, religieuses et sociales. Personne ne l’ignore. Mais justement, la gravité du sujet impose davantage de retenue et de responsabilité. Car à force de transformer chaque affaire en croisade médiatique, on risque de créer un climat de lynchage collectif où l’émotion populaire remplace les principes fondamentaux de la justice.
Il faut également éviter que certaines personnes utilisent ces dossiers pour exister politiquement ou médiatiquement. A chaque polémique sensible, les mêmes surgissent, monopolisent la parole, distribuent les certificats de vertu et donnent l’impression qu’aucune institution ne peut fonctionner sans leur validation morale. Ce besoin permanent d’être au centre de tout devient problématique.
La protection des enfants, la santé publique et le respect des lois sont des questions trop sérieuses pour être transformées en tribunes personnelles. Si des infractions existent, la justice sénégalaise dispose des moyens légaux pour les constater et les sanctionner. Mais laissons les enquêteurs travailler, les magistrats instruire et les tribunaux juger sereinement.
Dans ce pays, chacun gagnerait à rester à sa place. Les activistes font leur plaidoyer, les religieux leurs rappels moraux, les politiques leurs analyses. Mais au final, seule la justice dit le droit.
Gérer
Obtenir plus