Pendant que les « Lions » souffraient…

Par Mamadou Sèye

Il existe des défaites qui font mal. Et puis il y a celles qui continuent de faire mal longtemps après le coup de sifflet final.

L’élimination du Sénégal en Coupe du monde était déjà difficile à avaler. Mais voilà qu’après les analyses tactiques, les critiques contre les joueurs et les débats sur les choix du sélectionneur, un autre match commence : celui des révélations sur le comportement présumé de certains dirigeants durant leur séjour aux Etats-Unis.

A lire les informations publiées ces derniers jours, on croirait parfois feuilleter le programme d’un séjour touristique haut de gamme plutôt que le carnet de route d’une délégation venue accompagner une sélection nationale. Encore faut-il rappeler une règle essentielle : les faits rapportés doivent être établis, et les personnes mises en cause ont droit à leur version et à la présomption d’innocence.

Mais une question demeure.

Comment en est-on arrivé à ce que l’on parle davantage des dirigeants que des performances des « Lions » ?

Voilà le véritable drame.

Dans toutes les grandes compétitions, les vedettes devraient être les joueurs. Chez nous, le risque est que les dirigeants occupent le devant de la scène… mais pour de mauvaises raisons.

Le football n’a jamais eu besoin de dirigeants qui collectionnent les privilèges. Il a besoin de dirigeants qui collectionnent les résultats.

Les supporters, eux, ont payé autrement leur Coupe du monde : nuits blanches, émotions, espoirs, déceptions et parfois même dépenses importantes pour soutenir leur équipe. Ils avaient rendez-vous avec un rêve. Ils découvrent aujourd’hui un tout autre récit, qui, s’il était confirmé, renforcerait le sentiment d’un décalage entre ceux qui vivent le football et ceux qui l’administrent.

Une fédération n’est pas une agence de voyages. Une mission officielle n’est pas un séjour de prestige. Représenter le Sénégal est un honneur, mais c’est d’abord une responsabilité.

Dans le sport comme dans la vie publique, l’exemplarité n’est pas une décoration que l’on accroche au mur. C’est une discipline quotidienne.

Cette affaire, au-delà de son aspect médiatique, pose une question simple : qui contrôle les contrôleurs ? Qui rend des comptes lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous et que des interrogations surgissent sur l’utilisation des moyens mis à disposition ?

Les joueurs sont jugés chaque week-end. Les entraîneurs sont limogés après quelques mauvais résultats. Les arbitres voient leurs prestations disséquées à la loupe.

Et les dirigeants ?

Eux aussi doivent accepter que la responsabilité accompagne les privilèges.

Le football sénégalais mérite mieux que des polémiques à répétition. Il mérite une gouvernance qui inspire autant de confiance que les « Lions » inspirent de passion.

Au fond, le plus inquiétant n’est peut-être pas ce qui est écrit aujourd’hui.

Le plus inquiétant serait que personne ne juge utile d’y répondre clairement.

Parce qu’au football, comme ailleurs, le silence finit souvent par jouer contre son propre camp.

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