Premier congrès du PASTEF : après la conquête du pouvoir, l’épreuve de l’organisation

Par Mamadou Sèye

Il existe dans la vie des mouvements politiques un moment souvent moins spectaculaire que les campagnes électorales, moins exaltant que les victoires dans les urnes, mais infiniment plus décisif pour leur avenir. C’est le moment où ils doivent répondre à une question simple et redoutable : que faire de la victoire ?

Le texte publié par Ousmane Sonko à quelques jours du premier congrès ordinaire de PASTEF mérite d’être lu sous cet angle. Au-delà de l’exercice partisan, il constitue une réflexion sur le devenir d’un mouvement qui est passé, en l’espace de quelques années, de la contestation à l’exercice du pouvoir.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’absence de triomphalisme. Le texte ne s’attarde ni sur les postes, ni sur les privilèges du pouvoir, ni sur les victoires personnelles. Il revient plutôt sur une idée qui traverse toute l’histoire des mouvements de transformation : la conquête du pouvoir n’est jamais la fin du combat. Elle en est souvent le commencement.

Les anciens révolutionnaires le savaient. Les mouvements de libération nationale l’ont appris parfois à leurs dépens. Il est relativement facile de construire une organisation contre un ordre établi. Il est beaucoup plus difficile de préserver son identité lorsqu’on devient soi-même la force dirigeante.

Car la victoire porte en elle ses propres dangers.

Lorsque l’on est dans l’opposition, les lignes sont claires. L’adversaire est identifié. Les militants sont animés par l’espérance et le sacrifice. Les objectifs apparaissent lisibles. Mais lorsque le pouvoir est conquis, de nouvelles contradictions surgissent. Les gestionnaires remplacent progressivement les tribuns. Les arbitrages administratifs prennent le pas sur les proclamations militantes. Les carriéristes rejoignent les convaincus. Les opportunistes arrivent souvent après les combattants.

L’histoire politique mondiale regorge d’exemples de mouvements qui ont gagné les élections avant de perdre leur âme.

C’est précisément contre ce risque que semble se dresser le texte de Sonko.

Lorsqu’il évoque la nécessité d’une charte idéologique, d’un document d’orientation stratégique, de la formation des cadres, du renforcement des cellules et de la clarification des rapports entre le parti et l’Etat, il ne parle pas simplement d’organisation interne. Il pose une question fondamentale : comment exercer le pouvoir sans être absorbé par lui ?

La question est loin d’être théorique.

Le Sénégal vit aujourd’hui une situation particulière. Le parti qui portait hier la contestation dirige désormais les principales institutions du pays. Le Président de la République est issu de ses rangs. Le Président de l’Assemblée nationale est son leader historique. La majorité parlementaire lui est largement acquise. Dans un tel contexte, le risque n’est plus l’exclusion du système. Le risque devient l’intégration complète au système.

Autrement dit, la contradiction principale a changé de nature.

Hier, la bataille portait sur l’accès au pouvoir. Aujourd’hui, elle porte sur la capacité à utiliser ce pouvoir pour transformer durablement les structures économiques, sociales, culturelles et institutionnelles du pays.

C’est pourquoi la notion de souveraineté occupe une place centrale dans le texte. Elle n’est pas présentée comme un slogan de campagne mais comme une méthode de gouvernement. Souveraineté économique, souveraineté culturelle, souveraineté technologique, souveraineté intellectuelle : l’ambition affichée est celle d’une transformation profonde plutôt que d’une simple alternance administrative.

Reste évidemment la question essentielle : comment passer du discours à la pratique ?

Car les peuples ne jugent pas les gouvernements à l’aune de leurs intentions mais à celle de leurs réalisations.

La souveraineté se mesure dans les politiques publiques. Elle se mesure dans la capacité à produire davantage, à former mieux, à transformer localement les ressources, à créer des emplois, à renforcer les institutions et à améliorer concrètement la vie des citoyens.

C’est là que commence la véritable épreuve.

Le premier congrès de PASTEF sera donc bien davantage qu’un rendez-vous statutaire. Il marquera symboliquement le passage d’un mouvement de conquête à une organisation de gouvernement. Il devra répondre à une interrogation qui traverse toutes les expériences politiques de transformation : comment faire en sorte que le parti demeure un instrument d’éveil, de formation et de mobilisation populaire plutôt qu’un simple appareil de gestion du pouvoir ?

Au fond, le texte de Sonko pose une question qui dépasse largement le cadre de son parti.

Peut-on, en Afrique, accéder démocratiquement au pouvoir, exercer les responsabilités de l’Etat et conserver intacte une ambition de transformation profonde de la société ?

Peut-on gouverner sans se dissoudre dans les routines du pouvoir ?

Peut-on transformer les structures sans être transformé par elles ?

Voilà le véritable enjeu.

Les ministres passeront. Les gouvernements se succéderont. Les conjonctures changeront.

Mais c’est toujours sur cette question que les mouvements politiques sont jugés par l’histoire.

Non sur leur capacité à conquérir le pouvoir.

Mais sur leur capacité à lui donner un sens.

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