Quand le pouvoir devient… l’opposant de son propre opposant

Par Mamadou Sèye

Le Président Diomaye doit être bien triste. Ceux qui étaient censés lui offrir la massification de son nouveau parti semblent plutôt lui avoir préparé un parcours semé de huées. Aminata Touré et Balla Moussa Fofana viennent d’en faire l’amère expérience.

Et comme toujours au Sénégal, les réseaux sociaux se chargent de prolonger le spectacle. Les répliques sont foudroyantes. Macky Sall avait popularisé une formule qui prend aujourd’hui une singulière résonance : PASTEF est aussi un parti des réseaux sociaux. Ses militants y sont redoutablement réactifs et leurs contre-attaques ne laissent guère de répit.

Mais il y a surtout un phénomène politique inédit : c’est désormais le pouvoir qui semble devenir l’opposant de l’opposant. Et cet opposant, c’est Ousmane Sonko.

Abdourahmane Diouf, Aminata Touré, Balla Moussa Fofana et tous ceux qui ont convaincu le Président de créer une nouvelle formation politique doivent maintenant faire preuve d’abnégation et surtout de courage. Il faut aller à la rencontre des masses, leur parler, les convaincre et, surtout, obtenir leur adhésion. La politique ne se gagne ni dans les salons ni dans les bureaux, encore moins par procuration sur les réseaux sociaux.

Car le Président ne pourra pas rester éternellement bunkérisé au Palais, coupé de ce qui se dit et se ressent dans le pays. Et s’il constatait que ses nouveaux compagnons ne lui apportent finalement ni implantation, ni mobilisation, ni résultats électoraux, il pourrait bien être amené à reconsidérer certaines options.

Pourquoi pas, alors, retrouver un jour sa famille politique d’origine ? En politique comme ailleurs, certaines voies sont insondables.

Cette hypothèse n’est d’ailleurs plus totalement incongrue. Des segments de PASTEF, au-delà de ce qui apparaît publiquement, seraient favorables à un retour du Président « à la maison ». Il serait donc imprudent de considérer cette perspective comme définitivement écartée.

D’autant que les néo-partisans du Président donnent parfois l’impression de consacrer une énergie considérable à parler… de Sonko. Certains de leurs posts mériteraient presque, dans une perspective freudienne, d’être installés sur le divan : leur objet obsessionnel reste manifestement le même.

Il faudrait pourtant se souvenir d’une chose élémentaire : le Président a deux enfants, dont l’un porte le nom de Sonko et l’autre celui de la mère de Sonko. Voilà qui devrait inciter certains à davantage de retenue.

Et surtout à la prudence. Car il y a une question que la politique finit toujours par poser : combien de bureaux de vote certains de ces grands stratèges ont-ils réellement gagnés ?

Être un courtisan peut prospérer un temps. Mais la politique électorale finit toujours par présenter l’addition.

Aminata Touré vient encore d’en faire l’expérience, lorsqu’un chef religieux lui a rappelé publiquement que l’argent ne pouvait pas tout acheter. Ce genre de scène devrait interpeller ceux qui prétendent construire une implantation populaire.

Le Président, lui, finira forcément par mesurer la productivité réelle de ceux qui l’entourent. Surtout lorsqu’une fuite en avant semble consister à multiplier les subterfuges pour repousser les élections locales. Ce n’est ni glorieux ni rassurant.

Et ceux qui pensent pouvoir éternellement laisser au Président le soin d’assumer seul la pression liée à la convocation du corps électoral et à la fixation de la date des élections se trompent lourdement.

Plus surprenant encore serait de vouloir convaincre le Président de dissoudre l’Assemblée nationale, avec le risque évident de voir PASTEF revenir dans l’hémicycle avec davantage de députés. Il faut vraiment avoir confiance dans ses propres certitudes pour prendre un tel risque.

Plus grave serait encore de vouloir entraîner le pouvoir dans la fabrication de dossiers politico-judiciaires contre des adversaires politiques. Le pays n’en a nul besoin. Tout le monde appelle à la paix, et Sonko lui-même en a fait désormais un axe majeur de son discours.

Curieusement, c’est précisément ce nouveau discours qui semble dérouter certains.

Car Sonko dit désormais : la bataille doit se gagner dans les urnes, et seulement dans les urnes, à la date prévue.

Voilà peut-être la meilleure réponse à toutes les manœuvres.

Et voilà surtout la question que le nouveau parti présidentiel devra tôt ou tard affronter : peut-on construire une nouvelle majorité politique en combattant celui qui dispose encore de la plus forte capacité de mobilisation populaire ?

La réponse ne se trouve ni au Palais, ni sur Facebook, ni dans les studios.

Elle se trouve dans les bureaux de vote.

Et là, camarade, il n’y aura ni huées à interpréter, ni réseaux sociaux pour réécrire le verdict. Il y aura simplement le peuple.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *