Par Mamadou Sèye
Deux semaines consécutives sans Conseil des ministres. Deux semaines, donc, sans ce rendez-vous institutionnel qui permet aux Sénégalais de savoir ce que prépare, décide ou entreprend l’Exécutif. Et surtout, deux semaines sans le traditionnel communiqué du Conseil des ministres, devenu au fil des années un instrument essentiel de lisibilité de l’action gouvernementale.
Faut-il y voir un événement politique ? Rien ne permet de l’affirmer. Mais faut-il s’étonner que l’absence d’explication commence à susciter des interrogations ? Certainement pas.
C’est précisément là que se pose le problème du récit gouvernemental. Lorsqu’un rituel aussi identifiable disparaît pendant deux semaines, le silence ne reste jamais longtemps un simple silence. Il devient un espace que chacun est tenté de remplir. La presse questionne, les réseaux sociaux commentent, les observateurs interprètent et les rumeurs, fatalement, trouvent leur place.
Il aurait pourtant suffi d’expliquer. Un Conseil reporté pour des raisons d’agenda présidentiel ? Des contraintes liées à la période ? Une autre organisation du travail gouvernemental ? Qu’importe, dès lors que l’information est claire. La communication politique moderne ne consiste pas seulement à annoncer les décisions prises. Elle consiste aussi à expliquer les absences, les reports et les changements de rythme lorsqu’ils peuvent légitimement interpeller l’opinion.
Le paradoxe est que le gouvernement pourrait parfaitement maîtriser le récit avec quelques lignes. En laissant le silence s’installer, il prend le risque de perdre cette maîtrise au profit de ceux qui commenteront à sa place.
Le phénomène est d’autant plus regrettable que les nouvelles autorités ont fait de la transparence et de la rupture avec certaines pratiques du passé des marqueurs importants de leur discours politique. La transparence ne devrait donc pas seulement concerner les grandes réformes, les finances publiques ou les déclarations de patrimoine. Elle devrait également se traduire par une information régulière, simple et accessible sur le fonctionnement quotidien de l’Etat.
Il ne s’agit pas de demander au gouvernement de communiquer sur tout et n’importe quoi. Encore moins de transformer chaque absence en affaire d’Etat. Il s’agit simplement de comprendre qu’en politique, le vide informationnel n’est jamais neutre.
Aujourd’hui, le constat est empirique : deux semaines sans Conseil des ministres, aucune explication publique clairement portée à la connaissance de l’opinion, et déjà des questions qui apparaissent.
Le gouvernement peut encore les laisser prospérer. Ou choisir de les dissiper.
Car lorsqu’un pouvoir ne raconte pas suffisamment ce qu’il fait, d’autres finissent toujours par raconter ce qu’ils pensent qu’il fait.
La bonne gouvernance, c’est aussi savoir éviter que le silence devienne le principal communicant du gouvernement.