Par Mamadou Sèye
Il y a des nuits où le sommeil ne se contente pas de nous reposer. Il décide de changer notre vie. En quelques heures, il nous propulse au sommet, nous transforme en célébrité et nous offre une importance que la réalité, beaucoup moins généreuse, se garde bien de nous accorder.
Cette nuit-là, vous êtes une star.
Pas une petite célébrité de quartier. Non ! Une vraie star. Celle qu’on reconnaît à l’aéroport, celle devant laquelle les téléphones se lèvent, celle dont le nom est scandé par une foule en délire.
Vous descendez d’une voiture rutilante. Les photographes crépitent. Les journalistes se bousculent. Des personnalités viennent vous saluer.
Et vous, naturellement, vous affichez cette admirable modestie des grands hommes.
Vous souriez. Vous saluez. Vous faites même semblant d’être surpris.
Alors qu’intérieurement, vous vous dites : « Enfin ! Ils ont compris ! »
Dans votre rêve, tout est parfait. Vous avez une équipe, un chauffeur, un conseiller en communication et, pourquoi pas, un attaché de presse. Votre téléphone n’arrête pas de sonner. Des invitations arrivent de partout. Des gens que vous n’avez jamais rencontrés jurent vous avoir toujours admiré.
Puis vient le moment suprême : on vous remet une distinction.
Vous ignorez totalement pourquoi, mais peu importe. Dans les rêves, on ne s’embarrasse pas de détails administratifs.
Vous prenez le trophée. Applaudissements. Flashs. Emotion. Vous prononcez un discours magnifique.
Et c’est précisément à ce moment-là qu’une voix vous ramène à la réalité :
— « Debout ! Il est déjà huit heures ! »
Vous ouvrez un œil. Puis l’autre.
Silence.
Pas de limousine. Pas de photographes. Pas de foule. Pas même l’attaché de presse.
Votre téléphone est là, désespérément silencieux. La seule notification reçue est une publicité pour laquelle vous n’avez absolument rien demandé.
Et le retour sur terre est brutal.
En quelques secondes, vous venez de perdre une fortune que vous n’aviez jamais possédée, un poste que vous n’aviez jamais occupé et une célébrité dont personne, en dehors de votre subconscient, n’avait entendu parler.
Le plus extraordinaire, c’est que dans votre rêve, vous étiez parfaitement à votre place.
Dans la vraie vie, vous cherchez simplement vos lunettes.
Le sommeil, lui, ne connaît aucune limite. Il peut faire de vous un ministre, un Président, un grand chanteur, un écrivain célèbre ou même un footballeur de génie, sans vous demander le moindre diplôme, le moindre suffrage ou le moindre talent.
Le rêve ne vérifie rien.
Il vous nomme directement.
C’est probablement le seul endroit au monde où la promotion est automatique.
Alors, faut-il avoir honte de ces rêves extravagants ? Jamais.
Rêver d’être une star ne coûte rien. Et parfois, cela fait même beaucoup de bien.
Mais il faut se méfier du réveil.
Car le réveil, lui, n’a aucun sens de l’humour. Il vous arrache à votre palais imaginaire pour vous rappeler que les factures existent, que le petit-déjeuner attend et que votre magnifique carrière de star… n’a, pour l’instant, commencé que dans votre tête.
Alors rêvons !
Après tout, mieux vaut être une star pendant une nuit que de passer toute une vie sans jamais oser rêver.
Mais surtout, ne racontez pas votre rêve trop vite au réveil.
Il y aura toujours quelqu’un pour vous demander :
— « Et quand tu étais star, tu avais au moins de quoi payer le petit-déjeuner ? »
Et là, camarade, même le rêve demande grâce.
Bon dimanche !