Par Mamadou Sèye
En déclarant que le débat sur l’éligibilité de Ousmane Sonko est clos, le président Bassirou Diomaye Faye n’a pas seulement pris position. Il a refermé une parenthèse, dissipant une ambiguïté devenue, au fil du temps, un véritable outil politique. Car cette question n’était plus réellement juridique : elle servait de refuge, d’espoir discret pour certains, de stratégie d’évitement pour d’autres.
En une phrase, le chef de l’Etat recentre le jeu : la politique doit se jouer sur le terrain politique. En refusant de rouvrir le code électoral pour “sécuriser” une situation déjà lisible, il envoie un double signal : à ses partisans, que l’Etat ne sera pas instrumentalisé ; à ses adversaires, qu’il n’y aura pas de raccourci.
Depuis des mois, une partie de la classe politique s’accommodait d’un flou utile, espérant que le droit fasse ce que le rapport de force électoral ne garantit pas. Cette stratégie vient de buter sur une réalité simple : il n’y aura pas d’évitement. Pour ceux qui misaient sur l’incertitude, la déclaration présidentielle a des allures de réveil brutal. Désormais, une seule scène subsiste : celle des urnes.
Mais au-delà du cas Sonko, c’est toute une pratique politique qui est interpellée. Trop souvent, le débat s’est égaré dans des batailles périphériques, éclipsant l’essentiel : la confrontation des projets et des légitimités. En refermant le débat juridique, Diomaye Faye déplace le centre de gravité et impose un retour à l’essentiel.
Reste une interrogation : un débat est-il clos parce que le pouvoir le décrète ? Peut-être institutionnellement. Mais dans l’arène politique, les tensions ne disparaissent pas, elles se transforment. Et c’est là toute la subtilité du moment : les contradictions ne sont pas effacées, elles sont déplacées vers un terrain où elles devront se résoudre sans artifices.
Car il est toujours plus facile de contester une règle que d’affronter un adversaire, plus confortable de s’abriter derrière une procédure que de convaincre un peuple. En tranchant, le Président n’a pas apaisé le jeu : il l’a durci dans sa forme la plus saine.
Il n’y a plus d’échappatoire.
Plus de refuge juridique.
Plus de faux-semblants.
Reste une seule question : qui est prêt à affronter le verdict des Sénégalais ?