Par Mamadou Sèye
L’histoire retiendra que Guy Marius Sagna fut de tous les combats : dans la rue, dans les geôles, sur les places publiques, et aujourd’hui dans l’hémicycle. Mais à trop confondre radicalité et vacarme, on court le risque d’émousser la force de son propre message. La forme n’est pas un détail : elle est parfois le socle même de l’efficacité politique.
Personne ne peut nier que Guy Marius Sagna incarne une part vibrante de la lutte sociale et démocratique au Sénégal. Son courage est documenté, son parcours éloquent. En entrant à l’Assemblée nationale, il emportait avec lui les espoirs d’une frange militante qui voyait en lui un homme de constance, un prolongement institutionnel de la rue. Mais l’Assemblée n’est pas la rue. C’est une autre arène, avec ses codes, ses leviers, ses exigences.
Et c’est là que le bât blesse. Ces dernières semaines, certaines prises de parole de Guy Marius Sagna ont dérouté. Le ton, souvent agressif ; les propos, parfois désordonnés ; l’attitude, régulièrement perçue comme surjouée… Tout cela a contribué à brouiller son message. Le peuple ne veut pas un député agité, il veut un député utile. Et l’utilité politique passe aussi par la manière.
A cette forme déjà critiquée s’est ajoutée une séquence délicate : ses attaques publiques contre El Malick Ndiaye. Pour une partie de la base de PASTEF, cela a été vécu comme un geste déplacé, voire comme une gifle symbolique envoyée à Sonko lui-même. Ce n’est peut-être pas fondé, mais c’est ainsi que cela a été perçu. Et en politique, la perception peut peser plus lourd que les faits.
Dans l’univers de PASTEF, où la loyauté, la discipline et l’unité sont des valeurs fondamentales, ce type de sortie est perçu comme une fracture. Et à PASTEF, toute fracture se paie cash. La parole est libre, certes, mais elle est aussi responsable. Le mouvement n’est pas un conglomérat d’ego, c’est une organisation avec une ligne, une méthode, un projet. On ne peut se revendiquer de cette dynamique tout en semant la zizanie publique.
Si Ousmane Sonko ne clarifie pas lui-même cette situation, Guy Marius Sagna risque de s’installer dans une marginalité croissante. Non pas parce qu’il serait devenu subitement insignifiant, mais parce que dans un tel contexte, le désalignement devient rapidement une faute politique. Il ne s’agit plus ici d’un simple débat de fond : il s’agit de savoir si l’on reste dans le souffle collectif ou si l’on glisse vers l’errance solitaire.
Et comme pour confirmer que la forme est aussi importante que le fond, le président de la commission des lois de PASTEF a tenu récemment à affirmer qu’il n’y a pas de gestion opaque à l’Assemblée nationale. Cette sortie n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une volonté assumée de crédibiliser l’institution, de rassurer les citoyens, mais aussi — en creux — de recadrer ceux qui, par des déclarations intempestives, pourraient fragiliser cette nouvelle architecture.
C’est une ligne politique claire, assumée et publique. Et dans cette ligne, il n’y a plus de place pour les imprécisions bruyantes, les postures solitaires, ou les surenchères verbales. Cela ne veut pas dire qu’il faut se taire : cela veut dire qu’il faut parler juste, au bon moment, avec la bonne cible et la bonne méthode.
Ce que Guy Marius Sagna doit comprendre aujourd’hui, c’est que la radicalité n’est plus un slogan : c’est une construction politique. Et que l’exemplarité commence par la cohérence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait, ce qu’on dénonce et ce qu’on propose.