Par Mamadou Sèye
Le débat sur le “Président légal” et le “Président légitime”, lancé par Guy Marius Sagna, a déclenché chez les adversaires un réflexe pavlovien : se précipiter sur le moindre mot pour tenter d’y voir une fracture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Or, c’est là que réside leur première erreur d’analyse : ils oublient que cette formule n’est pas une invention de circonstance, mais l’expression condensée d’une réalité politique et historique que personne, sauf eux, ne cherche à refouler. Oui, Diomaye est le Président élu selon la lettre du droit. Oui, Sonko est le Président légitime dans l’esprit du peuple, celui que des manœuvres politiques ont empêché d’entrer à la Présidence, mais dont le programme, la vision et l’influence structurent aujourd’hui l’action de l’Etat. La coexistence de ces deux vérités n’a rien d’un conflit : elle est la clé de voûte du système politique que PASTEF a installé.
Les adversaires le savent, mais leur instinct est dicté par la frustration. Quand ils voient Sonko enchaîner les succès diplomatiques, être reçu à l’étranger avec des égards, prendre l’avion présidentiel, ils ressentent une morsure d’amertume qu’ils transforment en haine froide. Ils espéraient un Sonko relégué aux marges : ils se retrouvent avec un Sonko au centre du pouvoir. Cette vision les hante, au point de les obséder. Chaque image où Diomaye et Sonko apparaissent côte à côte — à l’Élysée, à Ankara, à Pékin ou ailleurs — agit comme un rappel douloureux : ils n’ont pas brisé le duo, ils l’ont rendu indissociable.
Ce qui les rend encore plus nerveux, c’est que cette unité n’est pas née d’un calcul opportuniste, mais d’un lien politique et humain profond. Les slogans de la campagne en témoignent : “Un vote pour deux Présidents”, “Diomaye et Sonko ne font qu’un”. Ce n’était pas de la communication électorale creuse, c’était la traduction d’une stratégie et d’une fraternité politique assumées. Et tout le monde sait l’immense respect que Guy Marius Sagna voue à Diomaye. Imaginer qu’il puisse chercher à les diviser relève soit d’une méconnaissance totale du terrain politique sénégalais, soit d’un déni pathologique de la réalité.
C’est ici que la psychanalyse éclaire la scène. Les adversaires de PASTEF sont dans un processus classique de transfert : incapables de résoudre le traumatisme de leur propre défaite stratégique, ils projettent sur le duo Président-Premier ministre des conflits qui n’existent que dans leur inconscient. Chaque déplacement commun, chaque signe de coordination entre les deux hommes agit comme un déclencheur de cette blessure narcissique. Leur obsession de vouloir “créer le trouble” trahit un manque fondamental : l’absence d’offre politique sérieuse pour exister autrement que dans l’attaque. Ils ne débattent plus d’idées, ils scrutent des symboles dans l’espoir d’y voir ce qu’ils désirent.
La vérité, c’est que la formule de Guy Marius Sagna n’ouvre pas une brèche : elle ferme toutes les issues. Elle signifie clairement aux anciens maîtres du jeu : “Vous avez empêché Sonko d’être Président, mais vous devez désormais vivre avec son influence quotidienne, institutionnelle et internationale.” C’est une souffrance lente, corrosive, d’autant plus insupportable qu’elle est publique. Ils ne regardent pas un affrontement Diomaye-Sonko, ils contemplent un attelage politique qui avance avec une synchronisation millimétrée. Et plus ils cherchent à y voir un duel, plus ils renforcent l’alliance qu’ils voudraient briser.
En définitive, leur agitation n’est pas la preuve d’une quelconque vitalité : c’est un cri du vide. La lettre du droit a consacré Diomaye, l’esprit du peuple a consacré Sonko. Les deux travaillent ensemble, protégés par cette double légitimité. Les adversaires, eux, restent prisonniers de leurs propres fantasmes politiques, incapables d’accepter qu’ils n’ont plus aucune prise sur le cours des choses. La psychanalyse dirait qu’ils sont en état de fixation : bloqués dans le moment précis où leur plan d’élimination a échoué, condamnés à revivre indéfiniment cette scène dans leur tête. Et pendant qu’ils s’épuisent dans ce cercle infernal, le Sénégal avance.