Par Mamadou Sèye
La SONACOS est à la croisée des chemins. Fleuron historique de l’économie sénégalaise, héritière de l’épopée arachidière, elle traîne aujourd’hui un passif abyssal : plus de 140 milliards FCFA injectés depuis 2018 pour un résultat calamiteux de 33 milliards de pertes cumulées. Autant dire que l’entreprise est en survie artificielle.
Mais un signe encourageant s’est dessiné : la dernière campagne a vu la collecte bondir de 12 900 à 155 000 tonnes, les usines reprendre vie et 2 300 emplois renaître. Preuve que la SONACOS n’est pas condamnée, à condition que la volonté politique et la rigueur de gestion soient au rendez-vous.
C’est précisément ce que le Premier ministre Ousmane Sonko a voulu acter à travers le Conseil interministériel de ce vendredi. Quatorze mesures fortes ont été décidées : reconstitution des fonds propres, modernisation des infrastructures, protection du marché intérieur, compensation du prix de l’arachide pour les huiliers, contrôle des prix de l’huile, allègements fiscaux et douaniers, mobilisation de financements massifs, assouplissements réglementaires. L’objectif est clair : ramener la SONACOS à l’autonomie financière d’ici 2031.
Mais au-delà des textes et des promesses, la vraie bataille sera celle de l’exécution. Trop souvent, les plans de sauvetage finissent en poudre aux yeux, dilapidés par l’opacité et le laxisme. Ici, l’Etat n’a plus droit à l’erreur : il s’agit de sauver non seulement une entreprise, mais un symbole national.
La SONACOS est un test de crédibilité. Si elle se relève, le Sénégal aura prouvé qu’il peut réhabiliter son patrimoine industriel et tracer la voie d’une souveraineté économique réelle. Si elle échoue, ce sera l’aveu d’une incapacité à transformer des milliards publics en résultats tangibles.
L’heure de vérité est arrivée. La SONACOS n’attend plus des discours : elle attend des actes.