Abass Fall maire de Dakar : la fin d’une illusion

Par Mamadou Sèye

Ce lundi 25 août 2025 restera comme une date charnière dans la vie politique dakaroise. Longtemps attendue, l’élection du nouveau maire de la capitale s’est jouée dans une atmosphère lourde de symboles et de rancunes politiques. Abass Fall, figure de proue de PASTEF et proche collaborateur du président Ousmane Sonko, a triomphé en imposant sa légitimité au terme d’un scrutin limpide. En face, Barthélémy Dias a vu ses dernières illusions se dissoudre avec le rejet, par la Cour suprême, de son ultime recours. Deux événements concomitants, deux verdicts sans appel : la page est définitivement tournée.

Il faut dire que Barthélémy Dias s’était longtemps bercé d’un espoir tenace. Depuis sa destitution en décembre 2024, il s’était accroché à l’idée d’un retour triomphal à l’Hôtel de Ville. La justice devait, croyait-il, corriger ce qu’il appelait une « forfaiture politique ». Mais ce matin, la plus haute juridiction du pays a mis un point final à ce feuilleton judiciaire en rejetant ses prétentions. Pour Barth, ce fut un coup de massue. Plus de recours, plus de passerelle institutionnelle : son combat est clos.

Le même jour, à quelques encablures de la Cour suprême, les conseillers municipaux validaient l’entrée en scène d’un nouvel acteur : Abass Fall. Avec 49 voix, il a écrasé la concurrence et s’est emparé de la mairie la plus stratégique du pays. Un symbole fort : c’est le poulain d’Ousmane Sonko qui vient d’anéantir les rêves de Barthélémy Dias, celui-là même qui avait osé défier le leader de PASTEF dans un mortal combat politique. La sentence est tombée : Sonko et Barth ne boxent pas dans la même catégorie. Le premier gouverne, structure et conquiert ; le second s’épuise en bravades, en querelles intestines et en illusions perdues.

Cette élection consacre aussi l’éclatement définitif de ce qu’il restait de l’opposition dakaroise. Entre Barthélémy Dias et Khalifa Sall, le divorce est consommé. Les rancunes sont trop profondes, les intérêts trop divergents. L’un croyait encore pouvoir incarner l’alternative, l’autre s’est rallié à des calculs plus pragmatiques. Résultat : ce bloc autrefois redouté, Taxawu et Yewwi, n’est plus qu’un champ de ruines politiques.

Reste la question centrale : qu’attendent les Dakaroises et Dakarois de ce changement ? La capitale n’est pas seulement un symbole. C’est une ville qui étouffe sous le poids des embouteillages, de l’insalubrité, de la gestion approximative des ressources. Abass Fall hérite d’un chantier immense. Mais il bénéficie d’un atout majeur : l’appui direct du pouvoir central, ce qui peut accélérer la mise en œuvre de projets structurants pour la ville.

Pour Barthélémy Dias, la sentence politique est lourde : il sort de ce double épisode comme le grand perdant. Ses rêves se sont fracassés sur la réalité. Et au moment où Abass Fall prend possession de la mairie, l’ancien édile apparaît comme un homme esseulé, en marge d’un jeu politique qu’il croyait dominer. L’histoire retiendra qu’il avait défié Sonko, mais qu’il a été balayé par Sonko… par poulain interposé.

En définitive, la journée du 25 août 2025 consacre bien plus qu’un simple changement de maire. Elle consacre la fin d’une illusion, la recomposition du champ politique à Dakar et le triomphe d’un camp qui a su conjuguer stratégie, patience et cohérence. Le reste n’est que nostalgie et désillusion.


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