L’ombre de Macky : Washington, les lobbys et l’obsession Sonko – Une fresque de rupture

Par Mamadou Sèye

Il est des pouvoirs qui ne meurent jamais, même lorsque les urnes ont parlé. Macky Sall a quitté le palais présidentiel, mais il n’a jamais quitté le champ de bataille. Son combat se joue désormais ailleurs, dans les salons feutrés de Washington, dans les bureaux climatisés du FMI et de la Banque mondiale, là où l’argent et l’influence redessinent le destin des Etats. Là où la parole officielle d’un pays peut être contestée, brouillée, manipulée.

A peine Diomaye Faye élu, à peine le peuple avait-il scellé l’alternance, que Macky a mobilisé ses relais, déployé ses émissaires et dépensé des milliards de francs CFA pour activer ses lobbys. Mercury Public Affairs, Kirjas Global, des noms qui résonnent dans les couloirs de Washington comme des armes invisibles, capables de créer le doute, d’influencer les décisions, de remodeler la perception d’un pouvoir légitime. Le message était simple : le nouveau gouvernement est fragile, inconstant, dangereux. Ecoutez Macky, l’homme qui connaît le Sénégal mieux que quiconque.

Mais derrière cette manœuvre, il y a une stratégie plus subtile, plus profonde, plus ancienne que toute bataille électorale : Macky ne lutte pas seulement pour lui, il lutte contre la rupture elle-même. Trois cibles se dessinent.

La première cible est Diomaye. Le fracas des lobbys à Washington vise à fragiliser sa crédibilité, à instiller le doute parmi les partenaires internationaux. Chaque réunion avec le FMI devient un champ de bataille où l’ancien Président murmure à l’oreille des diplomates que la République est fragile, que l’expérience fait défaut, que le pays est à la merci de décisions hâtives. C’est un art du sabotage discret, un chantage silencieux à la confiance.

La deuxième cible est Sonko. Depuis des années, il incarne la rupture, la radicalité de la nouvelle génération. Mobilisateur de la jeunesse, critique du système, accusateur des dérives passées, il est l’ombre que l’APR redoute plus que tout. Aux yeux de Macky, Sonko est un cauchemar vivant, une menace qui refuse de se taire. Les lobbys servent à l’isoler, à lui ôter toute crédibilité, à transformer son influence en danger aux yeux des puissances étrangères. Tout est calculé : chaque rapport, chaque dollar dépensé, chaque mot répété à Washington est un assaut contre le duo Diomaye-Sonko.

La troisième cible est le Sénégal lui-même. Une diplomatie parallèle, c’est une République à deux voix, deux récits qui s’entrechoquent. D’un côté, Diomaye et Sonko, porteurs de la rupture et de l’espoir. De l’autre, Macky et ses lobbys, qui tentent de redessiner l’histoire et de donner au monde une image de continuité qui n’existe plus. Le pays devient un champ de bataille invisible, où la réalité se mêle à l’illusion, où les alliances se négocient à Washington plus qu’à Dakar.

Et c’est dans ce contexte que surgit l’idée d’une rencontre entre Diomaye et Macky. Une poignée de mains, un geste de réconciliation ? Non, c’est un piège. Une photo officielle donnerait à Macky ce qu’il convoite depuis des mois : la légitimité, l’illusion de l’influence retrouvée, le symbole qu’il reste incontournable. Mais derrière le décor, la stratégie est implacable : neutraliser Sonko, fracturer le tandem qui a brisé le pouvoir ancien, créer la fissure qui permettrait à Macky de réinvestir son influence dans la République.

Le tandem Diomaye-Sonko n’est pas un simple arrangement politique. C’est la colonne vertébrale de la rupture. Diomaye est le Président légitime, calme, institutionnel. Sonko est le stratège, le cœur battant de la mobilisation, la flamme qui éclaire la route vers une nouvelle ère. Briser cette alliance, même par un simple geste symbolique, c’est semer le doute dans l’esprit du peuple et fragiliser l’alternance elle-même. Macky ne cherche pas la réconciliation ; il cherche la faille. Et si elle apparaît, il regagnera en influence ce qu’il croyait perdu pour toujours.

Dans cette bataille de récits, l’Afrique elle-même a des précédents. Compaoré à Ouagadougou, Bongo au Gabon, Gbagbo en Côte d’Ivoire : tous ont cherché, après leur chute, à maintenir une influence invisible, à s’accrocher aux réseaux internationaux pour peser sur leurs successeurs. Macky ne fait que reproduire cette tactique avec une précision redoutable : Washington comme champ de bataille, les lobbys comme armes, Diomaye et Sonko comme adversaires ciblés.

Chaque mot, chaque image, chaque geste est scruté, analysé, disséqué. Le peuple a choisi la rupture, mais Macky continue d’exister dans l’ombre. Chaque lobbyiste à Washington, chaque rapport transmis, chaque rencontre clandestine est une tentative de retarder l’inévitable, de brouiller le récit, de réintroduire la confusion. Mais la réalité demeure : la rupture est en marche, Sonko reste la cible que Macky ne peut atteindre, Diomaye est le bouclier derrière lequel le Sénégal avance vers son avenir.

Si une poignée de mains devait se produire, qu’aucune image ni aucun protocole ne trompe : ce n’est pas une réconciliation, c’est un piège. Le Sénégal ne peut pas se permettre l’ombre de Macky sur sa République. Washington, Paris, les institutions financières, les chancelleries étrangères peuvent croire ce qu’elles veulent. Mais au cœur de Dakar, la vérité est claire : le duo Diomaye-Sonko tient le pays, Macky ne tient plus que ses illusions.

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