Dakar, carrefour de la souveraineté alimentaire africaine

Par Mamadou Sèye

Le Sénégal a accueilli ce lundi à Diamniadio la 19ᵉ édition du Forum africain des systèmes alimentaires. En ouvrant cette rencontre, le Président Bassirou Diomaye Faye a placé son pays au centre d’un débat existentiel : l’Afrique peut-elle enfin nourrir ses populations avec ses propres ressources ? A travers cette question, c’est toute l’idée de souveraineté qui est en jeu.

Notre pays connaît trop bien la fragilité qui découle de la dépendance. Riz, blé, lait en poudre, huile… la facture des importations alimentaires pèse lourdement sur les finances publiques et expose les ménages aux chocs internationaux. La guerre en Ukraine, en bouleversant les chaînes d’approvisionnement, a rappelé avec brutalité ce que signifient dépendance et vulnérabilité. Un pays qui ne contrôle pas son assiette reste un pays exposé.

Pourtant, le Sénégal a tenté, à plusieurs reprises, de briser ce cercle vicieux. On se souvient de la GOANA (Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance) lancée en 2008, qui promettait l’autosuffisance en riz. On se rappelle aussi du Plan REVA, censé fixer les jeunes dans l’agriculture grâce à des périmètres aménagés. Autant d’initiatives porteuses d’espoir, mais qui ont souvent buté sur les mêmes écueils : manque de suivi, absence de financement structurant, faible implication des producteurs, lourdeurs bureaucratiques. Le constat reste amer : beaucoup de plans, peu de résultats durables.

C’est pourquoi le forum de Dakar ne doit pas être un énième rendez-vous de déclarations. Il doit être un moment de rupture. Le Sénégal, avec ses terres fertiles, sa jeunesse nombreuse, sa recherche scientifique, et une diaspora disposée à investir, possède les leviers nécessaires pour bâtir un modèle agricole souverain. Encore faut-il protéger les producteurs, faciliter l’accès au crédit, investir dans la transformation locale, moderniser les infrastructures de stockage et sécuriser l’accès aux marchés.

La présence du Président rwandais Paul Kagamé, figure de discipline et de rigueur, aux côtés de Diomaye Faye, donne à cette édition une portée symbolique. Elle incarne l’idée que l’Afrique doit cesser d’attendre des solutions importées et forger les siennes. « Le Sénégal ne chasse pas, il redéfinit », a déclaré Diomaye. Ce choix des mots importe : redéfinir, c’est bâtir une souveraineté qui ne soit pas une posture, mais une stratégie.

Au fond, la souveraineté alimentaire est la mère de toutes les autres. Sans elle, aucune indépendance politique n’est réelle, aucune stabilité sociale n’est durable. Les émeutes de la faim de 2008 sont encore présentes dans les mémoires, et les menaces du changement climatique, de la spéculation internationale et de la croissance démographique imposent d’agir vite.

Dakar 2025 sera-t-il le point de départ d’une renaissance agricole africaine ou restera-t-il une vitrine de plus ? L’histoire retiendra que le Sénégal, en accueillant ce forum, a pris une responsabilité historique : montrer que l’Afrique peut briser la dépendance et se nourrir par elle-même. La réponse appartient désormais aux dirigeants, mais aussi aux peuples, car l’avenir du continent se joue dans nos champs, nos marchés et nos assiettes.


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