Par Mamadou Sèye
L’Assemblée nationale a adopté hier trois textes majeurs qui marquent une rupture avec les habitudes anciennes : le nouveau Code des investissements, la réforme du Code général des impôts et la loi instaurant une taxation sur les opérations de mobile money. Trois piliers posés en une seule journée, pour une même ambition : doter le Sénégal d’un cadre fiscal et économique à la mesure de ses défis.
Il faut reconnaître que l’ancien Code des investissements, en vigueur depuis 2004, ne correspondait plus à la dynamique actuelle du pays. Les incitations qu’il contenait étaient trop générales, les seuils d’éligibilité trop élevés, et l’adaptation aux priorités nationales restait limitée. La nouvelle version validée hier ouvre une autre ère : davantage d’opportunités pour les PME et TPE, des avantages plus ciblés pour les secteurs stratégiques, et une orientation claire vers la création d’emplois et le contenu local. Ce n’est pas qu’une loi, c’est un signal adressé aux investisseurs : le Sénégal veut des capitaux, mais des capitaux utiles.
La réforme du Code général des impôts, elle, prend le taureau par les cornes. Trop longtemps, l’assiette fiscale est restée étroite, laissant une grande partie de l’économie évoluer hors radar. En élargissant le champ, en généralisant le droit de timbre sur les paiements en espèces, et surtout en instituant une taxe sur le mobile money, l’Etat cherche à sécuriser des recettes internes stables et traçables. A 0,5 % par transaction, plafonné à 2 000 F CFA, avec des exonérations pour les dépôts et les petits retraits, la mesure est calibrée pour rapporter sans étouffer.
Evidemment, le débat est vif sur le mobile money. Les réticences existent, les inquiétudes aussi, mais il faut garder le cap : cette réforme n’est pas une punition, c’est un rééquilibrage. Le mobile money est devenu un pan majeur de l’économie, générant des flux colossaux. Qu’il contribue à l’effort national n’a rien d’anormal. D’ailleurs, le gouvernement a introduit des garde-fous pour protéger les petits utilisateurs. Le reste se jouera dans l’application : rigueur pour éviter les abus, pédagogie pour rassurer, et surtout transparence dans l’utilisation des recettes.
Au fond, ce triptyque adopté par l’Assemblée nationale traduit une orientation politique claire. Il s’agit de sortir d’un modèle fiscal figé, de moderniser l’environnement des affaires et d’élargir la base contributive sans casser la dynamique populaire. C’est une ligne de crête difficile, mais nécessaire. Les nouvelles autorités ne se contentent pas de gérer, elles osent transformer.
A l’heure où le Sénégal entre dans une phase décisive de son histoire économique, ces réformes peuvent devenir les leviers d’une croissance plus inclusive et plus souveraine. Tout dépendra de la capacité à les appliquer avec intelligence, sans rigidité inutile, mais sans faiblesse non plus. Dans quelques mois, les premiers signaux diront si le pari est gagné. Mais une chose est sûre : le Sénégal a décidé de se doter d’outils modernes pour bâtir son avenir. Et cela, il fallait l’oser.