Détente- La République des bizarreries
Par Mamadou Sèye
Au rythme où vont les choses, le Sénégal pourrait bientôt figurer dans le Livre Guinness des absurdités politiques. Chaque jour, une nouvelle révélation tombe, et le pays entier s’étonne… comme si l’on découvrait que l’eau mouille. On nous parle de milliards égarés, de marchés publics distribués comme des sachets d’arachides, de privilèges extravagants. La nouveauté n’est pas dans les faits, mais dans leur accumulation. Les zéros pleuvent à un tel point que même les calculatrices en viennent à réclamer des congés maladie pour surmenage.
Dans ce climat, la reddition des comptes a créé un marché parallèle aussi florissant que celui des cantines scolaires. Les charlatans ne désemplissent pas. Ils proposent des formules promotionnelles : trois bains mystiques pour effacer vos fautes, un talisman offert pour éviter le parquet judiciaire financier. D’aucuns promettent même des séminaires express où l’on apprend à jurer qu’on est pauvre depuis sa naissance, tout en cachant discrètement les clés de ses villas à Marbella ou ses comptes en Suisse. Les plus audacieux assurent qu’avec un petit supplément, ils peuvent faire disparaître les dossiers d’instruction comme par magie.
La faune politique, quant à elle, rivalise d’imagination pour occuper la scène. Tout le monde parle de plan, de pacte, d’agenda, de feuille de route. A ce rythme, même les moustiques pourraient réclamer leur pacte de lumière, puisqu’ils sont les seuls à véritablement profiter de l’électricité nationale. On pourrait aussi imaginer un plan stratégique des chats errants, ces héros anonymes qui assurent la sécurité alimentaire contre les souris. Bref, la manie des plans et pactes vire à la compétition nationale, où le plus habile est celui qui réussit à dessiner des schémas colorés sans jamais rien appliquer.
Et puis il y a l’incontournable sport national : attaquer Ousmane Sonko. C’est devenu un calendrier à lui tout seul. Lundi, on l’accuse d’avoir provoqué la pluie diluvienne ; mardi, d’être responsable de la sécheresse prolongée ; mercredi, d’avoir détourné les moutons de Tabaski ; jeudi, d’être à l’origine du prix exorbitant des oignons ; vendredi, de menacer la paix mondiale par un éternuement mal placé. A ce rythme, samedi, il sera probablement accusé d’avoir légèrement déséquilibré l’axe de rotation de la Terre, et dimanche, on lui reprochera d’avoir inventé les embouteillages sur la VDN.
Le peuple, lui, observe. Il rigole, parfois jaune, mais rigole quand même. Car dans ce grand théâtre où chacun joue son rôle, les Sénégalais ont compris qu’il vaut mieux rire que pleurer. Après tout, un pays où les vaches risquent d’être saisies comme pièces à conviction et où les moustiques attendent leur pacte national est un pays qui a décidé que l’humour était la dernière barrière avant la folie.
Et comme le dit un proverbe revisité : au Sénégal, quand on ne vole pas, on polémique ; quand on ne polémique pas, on complote ; et quand on ne complote pas… on dort d’un sommeil lourd, bercé par les dettes.