Le Paradoxe Sonko : l’ombre portée sur une scène politique en surchauffe

Par Mamadou Sèye

Camarade, nous vivons un moment où la politique ressemble à une pièce de théâtre dont les acteurs eux-mêmes ne savent plus très bien qui joue quel rôle. La tension ambiante, palpable jusque dans les conversations de quartier, a réveillé les instincts les plus opportunistes. On assiste à une sorte de ruée vers les positions d’influence, comme si le pays venait d’ouvrir un concours administratif national avec recrutement immédiat. Certains ont même entrepris de “professionnaliser” leur ambition en se faisant coacher pour rédiger leur CV , ce qui en dit long sur l’époque.

Dans cette atmosphère surchauffée, une idée fausse circule avec insistance : le Président Diomaye ne disposerait d’aucun appareil politique en dehors de PASTEF. On oublie pourtant un détail fondamental : ce n’est pas un parti qui nomme aux emplois civils et militaires, c’est le Président de la République. La Constitution ne connaît ni les états d’âme ni les équilibres mouvants des coalitions ; elle connaît une seule chose : le détenteur de la signature. Et cette signature, en ce moment précis de notre histoire, appartient à Bassirou Diomaye Diakhar Faye.

Mais voilà, camarade : l’opportunisme a horreur du vide. A défaut d’un parti présidentiel estampillé, certains se sont improvisés stratèges de circonstance, allant jusqu’à formuler des “conseils institutionnels” pour expliquer au Président comment démissionner Sonko par voie constitutionnelle. Que même des membres de l’APR se lancent dans ce coaching politique improvisé montre le degré de fébrilité auquel nous sommes arrivés. Rires.

A l’autre extrémité du spectre, une partie de l’opposition regarde Sonko comme un astre encombrant : trop brillant pour être ignoré, trop puissant pour être affronté sereinement. Ils redoutent un scénario où Sonko, relégué dans l’opposition, viendrait leur faire de l’ombre au point de les renvoyer à leur propre insignifiance politique. C’est dire la profondeur du paradoxe : ceux qui combattent Sonko craignent son retour dans l’opposition, tandis que ceux qui l’accompagnent semblent parfois oublier ce qu’il représente réellement dans le paysage national.

Et c’est précisément là que se loge la vérité la plus simple : Sonko est incontournable. Pas pour des raisons institutionnelles. Pas pour des raisons techniques. Mais pour une raison brutale, massive, irréfutable :
l’écrasante majorité du peuple ne jure que par lui.

On peut discuter stratégie, gouvernance, coalitions, leadership… Tout cela reste secondaire face à cette donnée fondamentale. Dans un pays où la légitimité populaire pèse plus lourd que tous les cabinets politiques réunis, il est vain d’imaginer un chemin politique durable qui contournerait Sonko. La réalité, c’est que Diomaye et Sonko forment un binôme adossé à un mandat moral que les Sénégalais perçoivent comme indivisible.

Dès lors, la voie la plus sage — et, pour dire vrai, la seule viable — est celle qui les ramène côte à côte, conformément au projet qu’ils ont vendu au pays. L’opinion publique n’a pas signé pour une dyarchie conflictuelle, encore moins pour une rupture prématurée de l’alliance fondatrice. Elle a signé pour une transformation portée par deux hommes qui incarnent, chacun à sa manière, une partie de l’espérance nationale.

Camarade, dans les zones d’ombre que nous traversons, une certitude demeure :
si le Sénégal doit éviter une crise institutionnelle, c’est dans la cohésion du duo présidentiel que se trouve la clé.

Le reste, aussi bruyant soit-il, n’est souvent que littérature.

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