Thiès : quand la mise en scène étouffe le message

Par Mamadou Sèye

La visite du Chef de l’Etat à Thiès s’inscrivait dans un cadre clair : l’ouverture de la Semaine nationale de la jeunesse, un moment républicain dédié à toute une génération, au-delà des clivages politiques. Pourtant, ce que l’opinion a retenu n’a rien à voir avec les enjeux de cette rencontre. Ni les messages, ni les perspectives pour la jeunesse, mais des slogans scandés dans un stade, suivis d’un communiqué de coalition laborieux venu tenter de justifier l’inapproprié.

Le problème n’est pas la spontanéité des jeunes, encore moins leur liberté d’expression. Il est dans le lieu et le moment. Transformer une séquence institutionnelle en démonstration partisane brouille le sens même de l’événement. Et c’est précisément ce brouillage qui alimente le malaise.

Car loin de traduire une force de mobilisation, ce type de mise en scène suggère plutôt une difficulté à établir un lien direct, sincère et naturel avec les populations. A vouloir démontrer l’adhésion, on finit par donner le sentiment qu’elle doit être fabriquée. A occuper tous les espaces, on en altère la portée. Résultat : le message disparaît, et ne reste que le décor.

Ce que révèle Thiès est plus profond : une mécanique politique qui, consciemment ou non, travaille à éloigner le Président des Sénégalais. Le pays a changé. Le regard citoyen aussi. Aujourd’hui, les foules ne suffisent plus, les slogans encore moins. Ce qui est attendu, c’est de la sobriété, de la justesse, et un respect rigoureux des espaces républicains.

La leçon est limpide : le peuple sénégalais ne veut plus qu’on lui montre qu’un dirigeant est aimé. Il veut le ressentir, sans artifice.

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