Après le congrès de PASTEF, l’heure des clarifications

Par Mamadou Sèye

La politique a ceci de particulier qu’elle entretient parfois longtemps les ambiguïtés avant que les faits ne viennent les dissiper brutalement.

Pendant plusieurs mois, nombre d’observateurs ont voulu croire que les divergences apparues entre le Président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko relevaient de simples ajustements institutionnels, de désaccords tactiques ou de différences d’approche dans l’exercice du pouvoir. D’autres continuaient à espérer une réconciliation complète entre les deux hommes qui ont incarné ensemble la victoire historique de 2024.

Mais la politique est d’abord affaire de faits.

Et le premier congrès de PASTEF, tenu ce week-end, apporte des enseignements qu’il devient difficile d’ignorer.

D’abord, Ousmane Sonko y a été élu à l’unanimité président du parti. Ensuite, et surtout, le congrès a consacré ce qui apparaît désormais comme la position dominante à la base : pour l’immense majorité des militants, le candidat naturel de PASTEF à l’élection présidentielle de 2029 est Ousmane Sonko.

Sur ce point, le débat semble pratiquement clos au sein du parti.

Il ne s’agit pas d’une décision formelle d’investiture. Il reste encore un bon moment avant l’échéance. Mais politiquement, la dynamique est déjà installée. Les militants ont parlé. Les responsables ont parlé. Les structures ont parlé.

Le message est limpide.

Dès lors, une conséquence logique s’impose.

Si Bassirou Diomaye Faye nourrit l’ambition de solliciter un nouveau mandat en 2029, cette candidature ne pourra vraisemblablement pas être portée par PASTEF.

C’est là que le congrès marque un tournant majeur.

Car pendant longtemps, l’hypothèse d’un retour à une parfaite convergence entre les deux hommes demeurait envisageable. Aujourd’hui, elle apparaît de plus en plus difficile à soutenir.

Entre-temps, plusieurs événements sont intervenus. La création d’un cadre politique distinct autour du Président Diomaye Faye. Les repositionnements observés au sein de l’appareil d’Etat. Et surtout le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, événement dont la portée politique dépasse largement la simple réorganisation institutionnelle.

Dans tous les systèmes politiques, lorsqu’un leader de la stature de Sonko quitte les fonctions qu’il occupait au cœur de l’exécutif, les conséquences sont nécessairement profondes. Le signal envoyé est puissant. Les militants l’ont parfaitement compris.

C’est pourquoi continuer à parler de simples malentendus ou de divergences passagères paraît de moins en moins conforme à la réalité observable.

Le mot rupture est lourd de sens en politique. Il doit être utilisé avec précaution.

Mais à un moment donné, l’analyse doit se soumettre aux faits.

Et les faits indiquent aujourd’hui que Sonko et Diomaye évoluent désormais sur des trajectoires politiques distinctes.

Cela ne signifie pas qu’ils deviennent des adversaires irréconciliables. Cela ne signifie pas non plus qu’une coopération institutionnelle soit impossible. Mais cela signifie que l’hypothèse d’un destin politique commun apparaît chaque jour davantage comme appartenant au passé.

Le paradoxe est d’ailleurs saisissant.

Alors que l’opposition traditionnelle peine encore à se reconstruire, la principale question politique du Sénégal ne concerne plus la compétition entre le pouvoir et l’opposition. Elle concerne désormais les recompositions internes du camp qui a remporté la victoire de 2024.

Et sur ce terrain, le congrès de PASTEF aura eu le mérite de clarifier les choses.

La haute politique est souvent l’art de décrypter ce qui n’est pas dit.

Cette fois-ci, le message a été exprimé sans détour par la base militante.

Pour les militants de PASTEF, l’horizon de 2029 porte un nom : Ousmane Sonko.

Tout le reste découle de cette réalité politique.

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