Par Mamadou Sèye
Il existe dans l’histoire politique des Nations des moments où l’adversité cesse d’être un affrontement d’idées pour devenir une entreprise de démolition morale. Le Sénégal traverse précisément cette séquence inquiétante où, face à un homme politique dont la popularité résiste au temps, aux campagnes de dénigrement, aux procédures et aux manipulations, certains milieux ont choisi non pas le combat démocratique mais la traque obsessionnelle. Une véritable pathologie politique.
Depuis des années, une partie de la classe politique, de certains cercles médiatiques et de réseaux souterrains semble ne vivre qu’autour d’une seule question : comment empêcher Ousmane Sonko d’être candidat à l’élection présidentielle au Sénégal ? Et cette seule interrogation constitue déjà un aveu monumental de faiblesse. Car lorsqu’un homme est supposé insignifiant, personne ne mobilise autant d’énergie pour l’écarter du jeu électoral. On ne fouille pas les égouts pour neutraliser un candidat que l’on pense pouvoir battre aisément dans les urnes.
Toute cette agitation consacre donc une vérité éclatante : beaucoup sont convaincus qu’en situation normale de compétition démocratique, Ousmane Sonko remporterait l’élection présidentielle. Voilà le cœur du problème.
Mais au lieu de chercher à renverser cette dynamique par le travail politique classique — massification, implantation, offre programmatique crédible, proximité avec les populations, cohérence idéologique — certains ont préféré emprunter les sentiers obscurs de la couardise. Une couardise politique devenue système. On fouille les poubelles, on recycle les ragots, on instrumentalise les relations personnelles, on transforme les fréquentations et les amitiés en pièces à conviction politiques, espérant fabriquer administrativement ce qu’on est incapable d’obtenir démocratiquement.
Cette dégénérescence morale constitue l’une des plus grandes faillites éthiques de notre vie publique contemporaine.
Car enfin, posons calmement la question qui dérange tant de monde : pourquoi donc Ousmane Sonko demeure-t-il depuis tant d’années au sommet du baromètre de popularité auprès des masses populaires ? Il n’est ni le plus diplômé du Sénégal, ni le plus riche, ni le mieux introduit dans les réseaux traditionnels du pouvoir. Mais il possède ce que beaucoup de ses adversaires ont perdu depuis longtemps : une connexion émotionnelle, politique et symbolique avec une grande partie du peuple. Voilà la vérité que certains refusent d’affronter.
La dernière bêtise en date illustre parfaitement cette dérive. Voici un homme qui fut personnellement porteur du projet de loi ayant conduit au durcissement des dispositions réprimant l’homosexualité. Son positionnement sur cette question n’a jamais souffert de la moindre ambiguïté. Mais parce qu’une de ses connaissances, le sieur Ndiaga Seck, fait aujourd’hui l’objet d’une arrestation, certains esprits malveillants tentent immédiatement de transformer cette affaire en nouvelle opportunité d’élimination administrative de Sonko pour la prochaine présidentielle.
Or, ce que démontre précisément Ousmane Sonko, c’est qu’être proche, ami ou parent du Premier ministre ne constitue nullement une protection contre les rigueurs de la loi. Et cela constitue plutôt une excellente nouvelle sous nos cieux, tant les Sénégalais ont été habitués pendant des décennies à voir les relations personnelles servir de bouclier judiciaire et politique.
En réalité, ces manœuvres traduisent une panique profonde. Car la promulgation des dispositions relatives à L29 et L30 par Bassirou Diomaye Faye a considérablement réduit les fantasmes de ceux qui espéraient éternellement construire des barricades juridiques contre un adversaire politique.
Mais peine perdue.
Le peuple sénégalais a déjà trop souffert de ces dérives. Il sait désormais reconnaître les entreprises de manipulation politique lorsqu’elles apparaissent sous des habits judiciaires ou médiatiques.
Et pendant que certains s’agitent dans les bas-fonds de la politique spectacle, PASTEF avance : structuration, organisation, préparation du congrès du 6 juin, mobilisation nationale et internationale. Partout, les militants rivalisent d’ardeur et d’innovation pendant que ceux qui n’ont rien à proposer surfent sur des ordures qui finiront par se mélanger aux plumes qu’ils y laisseront.
L’histoire politique enseigne pourtant une leçon immuable : les peuples finissent toujours par mépriser ceux qui préfèrent les raccourcis sordides au courage démocratique. Car le courage politique consiste à affronter un adversaire dans les urnes, à convaincre les masses et à construire une alternative crédible.
Tout le reste n’est que lâcheté. Une lâcheté bruyante. Une couardise hystérique. Une faillite morale à ciel ouvert.
Alors ils fouillent, insinuent, manipulent, calomnient et espèrent. Mais pendant qu’ils pataugent dans les caniveaux, le peuple, lui, observe.
Et l’histoire aussi.