Détente-Le sénégalais et la file d’attente : une histoire d’amour compliquée

Par Mamadou Sèye

Au Sénégal, il y a trois choses qu’on ne respecte jamais totalement : l’heure, les feux rouges… et les files d’attente. Rires.

Pourtant, chaque Sénégalais fait semblant d’aimer l’ordre. Dès qu’il arrive quelque part, il demande immédiatement :
« La queue commence où ? »

Mais à peine cinq minutes plus tard, le même homme cherche déjà un cousin imaginaire devant lui :
« Ah mais chef, j’étais avec lui depuis tout à l’heure ! »

Le phénomène est national. A la banque, à la boulangerie, au stade, à l’ambassade, chez le boucher, partout. Même à un enterrement, certains veulent presque passer devant pour présenter leurs condoléances plus rapidement.

Le plus extraordinaire, c’est le talent du Sénégalais pour se faufiler discrètement. Il ne vient jamais directement couper la file. Non. Il commence par se positionner “provisoirement”.
Il regarde ailleurs.
Il consulte son téléphone.
Il soupire comme s’il souffrait plus que tout le monde.
Et petit à petit, sans que personne ne comprenne comment, le voilà devant dix-sept personnes.

Et si quelqu’un proteste, il répond avec indignation :
« Mais pourquoi tu t’énerves comme ça ? On est ensemble ! »

Cette phrase “on est ensemble” est d’ailleurs une arme de destruction massive contre toute organisation.

Dans certains services, la file d’attente devient même philosophique. Personne ne sait réellement qui est arrivé premier. Chacun possède sa propre version de l’histoire.
« Moi j’étais là depuis 8 heures. »
« Non grand, toi tu étais dehors au téléphone. »
« Oui mais mentalement j’étais dans la queue ! »

Et il faut parler de ces gens qui abandonnent leur place pendant quarante minutes pour aller prendre le petit-déjeuner, puis reviennent tranquillement réclamer leur position initiale comme si de rien n’était.

Le Sénégalais a aussi une relation mystique avec le guichet fermé.
Tu fais deux heures de queue.
Quand enfin arrive ton tour, l’agent lève calmement la tête et annonce :
« Le réseau est parti. »

Là, plus personne ne parle.
Même les plus nerveux deviennent philosophes.
On regarde le plafond.
On regarde le ventilateur.
On regarde sa vie défiler.

Mais le sommet reste les transports en commun.
A l’arrêt du bus, tout le monde forme une belle ligne civilisée… jusqu’à l’arrivée du véhicule.
A cet instant précis, Darwin reprend le contrôle. Rires.

Les mêmes personnes qui parlaient de discipline deviennent soudain champions olympiques du coude et du sprint.
Une grand-mère peut te dépasser avec une vitesse que même un ailier de football n’oserait pas tenter.

Et pourtant, malgré tout ce désordre, les Sénégalais trouvent toujours le moyen de rire ensemble dans la file.
Quelqu’un lance une blague.
Un autre critique les politiciens.
Un troisième devient sélectionneur national pendant quinze minutes.

Au final, la file d’attente sénégalaise n’est pas vraiment une file.
C’est un forum social, un débat citoyen, une thérapie collective… avec parfois un peu d’administration au milieu. Rires.

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