Par Mamadou Sèye
La politique sénégalaise est décidément un théâtre fascinant. Hier encore, certains milieux ne vivaient que pour une seule obsession : empêcher Ousmane Sonko d’accéder un jour à la magistrature suprême. Tous les moyens étaient bons : diabolisation, manipulations judiciaires, insinuations sordides et tentatives d’élimination administrative. On fouillait les caniveaux avec une frénésie maladive en espérant neutraliser un homme dont la popularité terrorisait déjà ses adversaires.
Mais voilà que les temps changent.
Avec la promulgation de L29 et L30 par Bassirou Diomaye Faye, beaucoup de ces stratèges du clair-obscur commencent soudainement à devenir “lucides”. Une lucidité intéressée, évidemment. Car ils se disent désormais qu’en 2029, si PASTEF choisit Sonko comme candidat, il sera extrêmement difficile de lui barrer démocratiquement la route.
Alors commence le grand bal des opportunistes.
Ces gens-là ont une peur bleue de Sonko. Ils ne partagent ni son parcours ni son projet. Mais puisqu’ils n’ont pas réussi à le détruire, ils cherchent maintenant à s’en approcher. Discrètement. Par émissaires interposés. Les salons de Dakar bruissent déjà de ces manœuvres silencieuses. On active des “amis communs”, on tente des rapprochements prudents, surtout pour éviter d’être du mauvais côté de l’histoire lorsque les équilibres politiques se stabiliseront.
Mais derrière cette prétendue lucidité se cache un opportunisme presque caricatural.
Car dans le même mouvement, ces aventuriers politiques ne comptent absolument pas cracher sur les moyens financiers dont disposerait la coalition Diomaye. Voilà le véritable cœur du système.
Le procédé est simple : on annonce une “massification” imaginaire autour du Président de la République, on invente des soutiens fictifs, on promet des foules, on vend l’illusion d’une implantation nationale spectaculaire. Puis, lorsque l’argent sort, les professionnels de la transhumance politique prélèvent discrètement leur part — parfois 50 à 75 % — avant d’improviser quelques activités de façade : banderoles, cars, tee-shirts et photos bien cadrées.
C’est toute l’économie souterraine de l’opportunisme politique sénégalais : une industrie de la manipulation des ego présidentiels où l’on peut perdre toutes les élections mais sortir personnellement enrichi.
Le Président Bassirou Diomaye Faye devrait intégrer cette réalité avec lucidité. Car la seule lucidité qui vaille aujourd’hui consiste à consolider profondément son appartenance à PASTEF et à se méfier des aventuriers politiques qui gravitent autour du pouvoir comme des papillons autour d’une lampe.
Ces milieux n’offrent jamais une base solide. Ils offrent des illusions, des applaudissements tarifés et des fidélités provisoires. Et l’histoire politique sénégalaise regorge de dirigeants qui, grisés par des entourages artificiels, ont fini isolés au moment décisif.
C’est pourquoi les salons dakarois commencent à bruisser d’une vérité que beaucoup murmuraient déjà : malgré son décret et malgré les tentatives de construction parallèle, le Président risque de voir progressivement un désert politique l’environner s’il s’éloigne du socle militant réel qui l’a porté au pouvoir.
Heureusement, Bassirou Diomaye Faye a récemment rappelé n’avoir jamais quitté PASTEF et affirmé que ce parti pourrait demeurer cinquante ans au pouvoir.
Cette déclaration ressemble d’ailleurs à une réponse indirecte à tous ceux qui rêvent de fractures artificielles pour prospérer dans les interstices du pouvoir.
Car au fond, ces nouveaux convertis ne croient ni au projet, ni au peuple, ni même à ceux qu’ils prétendent servir aujourd’hui. Ils croient seulement à la proximité du pouvoir.
Et comme toujours, lorsque les vents tourneront, ils chercheront simplement une autre table autour de laquelle s’asseoir.
C’est la différence fondamentale entre les militants et les opportunistes : les premiers construisent une histoire, les seconds cherchent seulement une position.