Détente-Le Sénégal au lendemain de la Tabaski : un pays en convalescence joyeuse

Par Mamadou Sèye

Le lendemain de la Tabaski, le Sénégal offre un spectacle unique. Le pays n’est ni complètement au repos, ni véritablement au travail. Il flotte dans une sorte d’état intermédiaire où chacun tente de retrouver ses repères après quarante-huit heures d’intense activité gastronomique et sociale.

Les rues sont plus calmes. Les téléphones sonnent moins. Les plus courageux rendent encore quelques visites de courtoisie tandis que les autres invoquent une fatigue légendaire pour rester à domicile.

Dans les maisons, les réfrigérateurs vivent leurs heures de gloire. Ils débordent de sachets mystérieux dont personne ne connaît plus vraiment le contenu. On y trouve des côtelettes, des brochettes, des grillades, des morceaux soigneusement emballés par une tante prévoyante ou un voisin généreux. Chaque ouverture de porte ressemble à une opération archéologique.

Les médecins, eux, pourraient sans doute écrire une thèse sur le comportement alimentaire du Sénégalais pendant la Tabaski. Des citoyens parfaitement raisonnables le reste de l’année se découvrent soudain des capacités extraordinaires. Petit-déjeuner à la viande, déjeuner à la viande, dîner à la viande, sans oublier les dégustations entre les repas destinées à vérifier que la viande est toujours aussi bonne qu’une heure auparavant.

Le lendemain, cependant, les organismes commencent discrètement à réclamer des explications.

Les pharmacies enregistrent alors une fréquentation qui n’a rien à voir avec la politique ou l’économie. Les conversations deviennent plus prudentes. On entend des phrases comme : « Aujourd’hui, je vais manger léger », avant de voir le même interlocuteur s’installer quelques minutes plus tard devant un nouveau plateau de grillades.

Mais la Tabaski ne se résume pas à la nourriture. Elle rappelle surtout quelque chose de précieux : la force des liens familiaux. Des parents éloignés se retrouvent. Des amis renouent le contact. Des voisins échangent des plats et des sourires. Pendant quelques jours, les différends s’effacent et les portes restent ouvertes.

Le lendemain de la fête est donc aussi un moment de gratitude. On mesure la chance d’avoir partagé ces instants avec ceux que l’on aime. On pense à ceux qui sont loin, à ceux qui nous ont quittés, et à ceux qui traversent des moments difficiles.

Puis, progressivement, le pays reprend son rythme habituel. Les bureaux se remplissent. Les marchés retrouvent leur animation. Les débats politiques réapparaissent. Les réseaux sociaux reprennent leurs querelles favorites.

Mais pendant quelques heures encore, le Sénégal demeure suspendu dans cette douce torpeur post-Tabaski où la plus grande préoccupation nationale consiste à savoir comment terminer les dernières brochettes sans froisser les recommandations du médecin.

Et comme chaque année, chacun se promet que lors de la prochaine Tabaski, il mangera avec davantage de modération.

Une promesse dont l’histoire nationale nous enseigne qu’elle est rarement respectée.

Bonne fête de Tabaski à toutes et à tous, et surtout, bon courage pour le lendemain !

Un commentaire sur « Détente-Le Sénégal au lendemain de la Tabaski : un pays en convalescence joyeuse »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *