Une opposition qui fait pitié

Par Mamadou Sèye

Décidément, une partie de l’opposition sénégalaise traverse une crise profonde. Une crise de vision, une crise de propositions, une crise d’existence politique.

Le Sénégal a un Président de la République. Le Sénégal a un nouveau Premier ministre. Le Sénégal fait face à des défis économiques, sociaux et institutionnels majeurs. Les Sénégalais attendent des débats sur le coût de la vie, l’emploi des jeunes, la santé, l’école, l’agriculture, l’énergie ou encore les réformes annoncées par le nouveau pouvoir.

Mais que fait une certaine opposition ?

Elle continue de tourner obsessionnellement autour d’un seul homme : Ousmane Sonko.

Alors que celui-ci n’est plus Premier ministre, certains semblent incapables de se libérer de son ombre. Leur dernière trouvaille consiste à vouloir empêcher son retour à l’Assemblée nationale, comme si l’avenir du Sénégal dépendait de cette seule question. Comme si toutes les urgences nationales avaient disparu.

Cette fixation finit par devenir pathétique. Elle révèle une opposition qui ne sait plus où porter ses coups, qui ne sait plus quelle stratégie adopter et qui donne le sentiment d’avoir perdu toute boussole politique.

Le plus extraordinaire est que ceux qui prétendent combattre Sonko contribuent eux-mêmes à entretenir sa centralité dans le débat public. Ils lui offrent une présence permanente dans l’actualité. Ils parlent davantage de lui que ses propres partisans. Ils semblent incapables de construire un discours qui existe indépendamment de sa personne.

Une opposition digne de ce nom devrait contrôler l’action du gouvernement, évaluer les politiques publiques, proposer des alternatives et porter les préoccupations des citoyens. Au lieu de cela, certains responsables donnent l’impression de mener une croisade personnelle contre un homme dont ils n’arrivent manifestement pas à se détacher.

Le résultat est cruel : plus ils s’acharnent sur Sonko, plus ils révèlent leur propre faiblesse. Plus ils cherchent à le marginaliser, plus ils démontrent l’influence qu’il continue d’exercer sur leur imaginaire politique.

Au fond, ce qui est décevant, ce n’est pas qu’une opposition critique le pouvoir. C’est sa mission. Ce qui est décevant, c’est qu’elle semble avoir renoncé à produire des idées, à incarner une alternative et à élever le niveau du débat public.

Une démocratie a besoin d’une opposition forte. Le Sénégal mérite une opposition capable de parler du pays avant de parler d’un homme. Une opposition qui regarde vers l’avenir plutôt que de rester prisonnière de ses obsessions.

Car lorsqu’une force politique passe l’essentiel de son temps à poursuivre une seule personne, elle finit par envoyer un message involontaire : celui de son impuissance.

Et c’est précisément ce spectacle d’impuissance qui, aujourd’hui, fait peine à voir.

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