L’opposition face au défi de la massification

Par Mamadou Sèye

Au-delà de l’incident parlementaire, une autre question mérite d’être posée : celle de la capacité d’une opposition à construire une véritable force populaire.

Pendant longtemps, certaines méthodes ont semblé efficaces. Réunir quelques militants devant une institution, provoquer une confrontation avec les forces de l’ordre, obtenir quelques tirs de gaz lacrymogène, quelques interpellations, puis attendre l’indignation d’une partie de la société civile et les relais médiatiques.

Le scénario était connu. Mais il semble aujourd’hui perdre de son efficacité.

La politique ne se gagne pas uniquement par des séquences spectaculaires. Une image peut créer une émotion momentanée ; elle ne construit pas une majorité.

Les citoyens attendent désormais davantage. Ils veulent des réponses à leurs préoccupations, un projet, une vision et surtout une présence durable sur le terrain.

Les unes des journaux, qui ont longtemps joué un rôle majeur dans la construction de l’agenda politique, ne suffisent plus à créer une dynamique populaire. L’expérience récente des appels à la mobilisation médiatique l’a rappelé : il ne suffit pas de décréter un mouvement pour qu’il devienne un phénomène de société.

La légitimité ne se proclame pas. Elle se construit.

Le véritable défi d’une opposition est donc celui de la massification : aller à la rencontre des citoyens, écouter, convaincre, organiser, former, implanter des structures et créer une relation durable avec les populations.

Toutes les grandes conquêtes politiques ont reposé sur ce travail patient. Les victoires électorales ne naissent pas seulement dans les studios, sur les plateaux ou dans les réseaux sociaux. Elles se préparent dans les quartiers, les villages, les lieux de travail, au contact direct du peuple.

La politique est une affaire d’enracinement.

Les caméras peuvent fabriquer un instant. Elles ne fabriqueront jamais une majorité.

La politique est une affaire de peuple avant d’être une affaire d’images. Les images peuvent faire le tour du monde ; seuls les peuples font l’histoire.

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