Le parti reporté ou les limites d’une stratégie politique

Par Mamadou Sèye

Les pluies d’hivernage ont décidément bon dos. C’est, du moins, l’explication avancée pour justifier le report de la création du parti du président Bassirou Diomaye Faye, initialement annoncée pour le 8 août prochain. Chacun appréciera la pertinence de cet argument. Une chose est cependant certaine : le véritable intérêt de cette décision ne réside pas dans la météo. Il réside dans ce qu’elle révèle d’une séquence politique devenue délicate pour le camp présidentiel.

Le lancement devait pourtant se tenir à Dakar Arena, une enceinte couverte conçue pour accueillir de grands rassemblements. Dès lors, le débat ne porte pas sur les prévisions météorologiques. Il porte sur une interrogation beaucoup plus politique : pourquoi ce report intervient-il aujourd’hui, après une série de rendez-vous qui n’ont pas produit l’effet escompté ?

Le premier signal est venu du stade Caroline Faye où le meeting présenté comme une démonstration de force n’a pas connu l’affluence attendue. Les images ont rapidement circulé et alimenté les commentaires.

Le deuxième est apparu ce week-end sur le terrain d’ACAPES. Présentée comme une étape préparatoire au lancement du futur parti, la manifestation n’a pas davantage convaincu. Là encore, les réseaux sociaux se sont chargés de diffuser des images qui ont nourri le procès en faible mobilisation.

Et voici maintenant le troisième épisode : le report du lancement officiel.

Pris séparément, chacun de ces événements pourrait trouver une explication. Ensemble, ils racontent une autre histoire. Celle d’un projet politique qui peine, pour l’instant, à transformer une ambition présidentielle en dynamique militante.

C’est toute la difficulté de la période que traverse Bassirou Diomaye Faye.

Depuis sa rupture avec PASTEF, le chef de l’Etat poursuit un objectif parfaitement compréhensible : construire sa propre force politique afin de disposer d’une base autonome. Le choix est légitime. Mais il se heurte à une réalité que tous les grands dirigeants ont connue avant lui : un parti ne se décrète pas. Il se construit patiemment, militant après militant, section après section, commune après commune.

Or, pendant que le futur parti présidentiel cherche encore son point de départ, PASTEF continue d’occuper le terrain. La campagne nationale de vente des cartes de membre a donné, ces derniers jours, l’image d’un parti en mouvement permanent, fort d’une organisation déjà implantée et d’une base militante mobilisée.

Le contraste est inévitable.

D’un côté, un parti qui démontre sa capacité à remplir les espaces publics et à maintenir une forte présence sur le terrain. De l’autre, une formation en gestation qui reporte son acte fondateur au moment même où elle cherchait à convaincre de sa capacité de mobilisation.

Il serait excessif de conclure que tout est joué. La politique réserve souvent des retournements spectaculaires. Mais il serait tout aussi imprudent d’ignorer ce que cette séquence donne à voir.

En politique, la perception est parfois aussi importante que la réalité. Et la perception qui s’installe aujourd’hui est celle d’un pouvoir qui cherche encore les ressorts de sa propre dynamique pendant que ses principaux concurrents consolident les leurs.

Au fond, le véritable problème n’est peut-être pas le report du 8 août. Le véritable problème est qu’il vient confirmer un doute qui s’était déjà installé dans une partie de l’opinion.

Un calendrier ne crée jamais une force politique. Une date ne remplit pas une salle. Une annonce ne remplace pas des militants. Lorsqu’une dynamique existe, elle impose naturellement son calendrier. Lorsqu’elle tarde à apparaître, ce sont les reports qui finissent par dicter l’agenda.

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