Par Mamadou Sèye
La visite de Macky Sall au Sénégal aura été courte, mais elle aura posé une question essentielle qui dépasse largement les circonstances de son déplacement : quelle conception avons-nous de la démocratie ?
Au-delà des calculs politiques qui entourent cette audience accordée par le Président Bassirou Diomaye Faye à son prédécesseur, il faut avoir le courage de poser un principe simple : Macky Sall doit pouvoir revenir au Sénégal et reprendre, s’il le souhaite, une activité politique normale.
Cette affirmation peut surprendre. Elle peut même déranger ceux qui ont combattu son régime ou qui estiment que son bilan doit faire l’objet d’un débat critique. Mais elle relève d’une exigence démocratique fondamentale : un citoyen qui n’est frappé par aucune interdiction judiciaire et qui conserve ses droits civiques doit pouvoir participer pleinement à la vie publique.
La démocratie ne consiste pas à permettre uniquement à ceux que l’on apprécie de s’exprimer. Elle se mesure précisément à la capacité d’un pays à garantir les droits de ceux qui ont gouverné hier et qui peuvent, demain, vouloir défendre de nouveau leurs idées.
Le retour de Macky Sall ne serait donc pas un cadeau fait à un ancien Président. Ce serait un service rendu à la démocratie sénégalaise.
Car une démocratie sûre d’elle-même n’a pas peur de ses adversaires. Elle ne cherche pas à les empêcher d’exister ; elle leur permet de se confronter librement au jugement des citoyens.
Bien entendu, la séquence actuelle comporte aussi une dimension politique. En recevant Macky Sall, Bassirou Diomaye Faye n’était certainement pas dans une démarche uniquement protocolaire. Cette audience intervenait dans un contexte de recomposition politique, marqué par la volonté du chef de l’Etat de construire son propre espace après la rupture avec PASTEF.
Mais au-delà de cette manœuvre politique, un autre enjeu apparaît : celui de la normalisation du jeu démocratique.
Si Macky Sall revient, ses militants doivent pouvoir se mobiliser. Son parti, ou la force politique qui se réclamera de lui, doit pouvoir défendre ses positions. Ses adversaires auront naturellement le droit de critiquer son action passée. C’est cela, la démocratie : le débat, la confrontation, le choix des citoyens.
Il faut accepter que toutes les sensibilités politiques puissent exister. Que toutes les fleurs puissent s’épanouir.
Le Sénégal n’a rien à gagner à un espace politique rétréci où certains acteurs seraient considérés comme légitimes et d’autres comme indésirables. La maturité démocratique consiste précisément à faire confiance au peuple souverain.
Cette exigence vaut pour tous.
PASTEF doit pouvoir poursuivre son action politique et défendre son projet. Ousmane Sonko doit pouvoir mobiliser ses militants et présenter sa vision du Sénégal. Macky Sall doit pouvoir retrouver les siens et participer au débat public. Et Bassirou Diomaye Faye doit pouvoir créer son propre parti et tenter de convaincre les Sénégalais.
Mais cette dernière ambition comporte une conséquence : l’autonomie politique a un prix.
En choisissant de construire sa propre formation, le Président de la République fait un choix légitime. Mais il entre aussi dans une compétition où il devra démontrer sa capacité de mobilisation, convaincre les électeurs, structurer son appareil, obtenir les parrainages nécessaires et gagner sa place dans le paysage politique.
C’est le fonctionnement normal d’une démocratie.
Aujourd’hui, le rapport de force politique semble clair : PASTEF dispose d’une implantation militante particulièrement forte ; l’ancien camp présidentiel conserve une capacité de mobilisation autour de Macky Sall ; le futur parti présidentiel devra encore construire sa propre légitimité.
Mais aucune de ces forces ne doit être empêchée de concourir. Le verdict appartient uniquement aux citoyens.
Le Sénégal a souvent été présenté comme une référence démocratique en Afrique. Cette réputation ne se préservera pas par l’exclusion, les rancœurs ou les règlements de comptes politiques. Elle se préservera par le respect d’une règle fondamentale : mêmes droits pour tous, mêmes exigences pour tous, même arbitrage final par les urnes.
Le véritable test de la démocratie sénégalaise ne sera donc pas de savoir si Macky Sall revient ou non. Il sera de savoir si notre pays est suffisamment confiant en lui-même pour accepter que tous les acteurs politiques puissent se présenter devant le peuple.
Une grande démocratie ne choisit pas ses adversaires. Elle leur donne la parole, elle organise la compétition et elle laisse les citoyens décider.