Gouverner, ce n’est pas seulement nommer : les principes qui doivent protéger l’administration

Par Mamadou Sèye

Le débat actuel sur les démissions et les limogeages dans la haute administration sénégalaise ne doit pas être réduit à une querelle entre personnes ou entre camps politiques. Il pose une question plus fondamentale : comment doit fonctionner une administration dans une République moderne ?

Le Président de la République dispose du pouvoir constitutionnel de nomination aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir est incontestable. Mais dans toutes les démocraties, une prérogative s’accompagne toujours d’une exigence : celle de servir l’intérêt général.

Une nomination publique ne devrait jamais être seulement la traduction d’un rapport de forces politique. Elle doit répondre à plusieurs impératifs : la compétence du profil choisi, son expérience, sa capacité à produire des résultats et son aptitude à défendre les intérêts de l’Etat.

C’est tout le sens du principe de neutralité administrative. Les responsables publics peuvent avoir des convictions personnelles. Mais une fois nommés, ils doivent être évalués sur leur travail, leur efficacité et leur respect des missions qui leur sont confiées.

Lorsqu’une administration donne le sentiment que les changements de fidélité politique peuvent déterminer les carrières, le risque est considérable. Les cadres peuvent perdre confiance, les compétences peuvent partir et l’Etat peut perdre cette continuité indispensable à son fonctionnement.

La question n’est donc pas de contester le droit du chef de l’Etat de choisir ses collaborateurs. Aucun régime démocratique ne fonctionne ainsi. La question est de savoir quels principes doivent guider l’utilisation de ce pouvoir.

Dans une grande démocratie, un responsable public peut être interrogé directement sur ses décisions. La force d’une République réside justement dans cette capacité à questionner le pouvoir sans remettre en cause les institutions.

Le Sénégal a besoin d’un débat adulte : un débat où l’on respecte les fonctions, mais où l’on n’abandonne jamais l’exigence de responsabilité.

Car une administration forte n’est pas celle qui change au gré des équilibres politiques. C’est celle qui demeure solide, compétente et fidèle à l’Etat, quel que soit le pouvoir en place.

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