Part Mamadou Sèye
La décision attribuée au nouveau Directeur général de la SNHLM, M. Pape Abdourahmane Dabo, de procéder au licenciement de neuf cadres titulaires de contrats à durée indéterminée (CDI), quelques mois seulement après sa prise de fonction, soulève de nombreuses interrogations.
Dans le contexte économique et social actuel, où chaque emploi constitue une préoccupation majeure et où le Sénégal aspire à davantage de stabilité, une telle mesure apparaît, pour le moins, comme une décision brutale qui mérite d’être questionnée.
Certes, tout directeur général dispose de la prérogative de réorganiser une entreprise et d’impulser une nouvelle dynamique. Mais ce pouvoir doit toujours s’exercer avec discernement, dans le respect des règles et avec le souci de préserver la paix sociale. L’autorité d’un dirigeant ne se mesure pas au nombre de cadres écartés à son arrivée, mais à sa capacité à obtenir des résultats, à mobiliser les compétences et à créer un environnement propice à la performance.
Ce qui interpelle davantage, c’est le contraste entre cette rigueur affichée envers des travailleurs et certaines pratiques qui interrogent sur la sobriété attendue dans la gestion publique. Recrutements nouveaux, déplacement aux États-Unis, organisation d’un conseil d’administration dans la station balnéaire de Saly alors que l’entreprise dispose de ses propres infrastructures : ces choix méritent d’être appréciés à l’aune d’un principe simple, celui de l’exemplarité dans l’utilisation des ressources.
La bonne gouvernance ne se résume pas à réduire des effectifs. Elle implique aussi une gestion rigoureuse des moyens, une maîtrise des dépenses, la transparence dans les décisions et la capacité à expliquer les choix opérés devant les travailleurs et devant l’opinion.
Le Sénégal traverse une période où la stabilité sociale est un bien précieux. Les entreprises publiques doivent être des lieux de production, d’innovation et de rassemblement. Elles ne doivent pas devenir des espaces de tensions permanentes. Toute décision ayant un impact humain important doit être fondée sur des critères objectifs, clairement expliquée et accompagnée d’un dialogue social responsable.
Au-delà du cas de la SNHLM, c’est une question plus large de culture de gouvernance qui se pose. Les directeurs généraux des entreprises publiques sont nommés pour gérer, redresser, moderniser et créer de la valeur. Ils ne sont pas installés pour mener une politique politicienne zélée ou pour transformer l’administration en terrain d’affirmation partisane.
Une entreprise publique n’est ni une permanence politique ni un instrument de démonstration d’autorité. Elle appartient à la Nation et doit être dirigée dans l’intérêt général.
Les Sénégalais attendent des gestionnaires, des bâtisseurs et des responsables capables d’inspirer confiance. Ils attendent des résultats, une utilisation responsable des ressources publiques et un climat social apaisé.
Le message est donc simple : gérez, réformez, innovez et rendez des comptes. La politique appartient aux acteurs politiques. Les entreprises publiques, elles, ont besoin de compétence, de sobriété et d’efficacité.
Le Sénégal n’a pas besoin de nouvelles tensions sociales. Il a besoin d’une gouvernance qui rassemble et qui construit.