Par Mamadou Sèye
Les réseaux sociaux ont libéré la parole. Tant mieux. La démocratie ne peut que se renforcer lorsque les citoyens s’expriment librement. Mais cette liberté ne dispense ni de la rigueur, ni du sens des responsabilités. Car il existe une frontière entre l’opinion et la divagation, entre le débat d’idées et la provocation politique.
Ces derniers jours, certains individus, dont le poids politique est inversement proportionnel au bruit qu’ils font sur les réseaux sociaux, ont cru bon de proposer un mandat présidentiel de sept ans pour le Président Bassirou Diomaye Faye. D’autres ressuscitent le fantasme de l’empêchement de la candidature d’Ousmane Sonko. Rien que cela.
Ces propositions ne sont pas seulement absurdes. Elles sont politiquement irresponsables. Elles réveillent artificiellement des débats que les faits, les institutions et le suffrage universel ont déjà tranchés. Elles soufflent sur des braises que le Sénégal a tout intérêt à laisser s’éteindre.
Le plus cocasse est que leurs auteurs se prennent pour des stratèges. En réalité, ils ne sont que des figurants en quête d’un projecteur. Ils ne parlent pas au nom d’un peuple. Ils ne représentent aucun courant significatif. Ils cherchent simplement à attirer l’attention du Prince, espérant qu’une flatterie outrancière leur vaudra un regard, un sourire ou, qui sait, une nomination.
C’est la vieille maladie de la cour : le courtisan croit servir le pouvoir alors qu’il finit toujours par le desservir.
Le Président de la République vient de lancer son parti politique. Ceux qui veulent réellement contribuer à son succès savent ce qu’ils ont à faire : recruter des militants, structurer les coordinations, élaborer des propositions, convaincre les Sénégalais et préparer les prochaines batailles électorales. Voilà un travail politique digne de ce nom.
En revanche, vouloir modifier la durée d’un mandat ou remettre en circulation des scénarios d’exclusion d’un adversaire relève d’une paresse intellectuelle confondante. C’est le degré zéro de la réflexion politique.
L’histoire du Sénégal est jalonnée de crises institutionnelles, de tensions et d’affrontements qui ont parfois coûté des vies. Nous n’avons pas traversé ces épreuves pour laisser quelques thuriféraires de circonstance transformer les réseaux sociaux en laboratoire de toutes les aventures constitutionnelles.
Il est temps de dire les choses avec clarté : la laudation est une misère intellectuelle. Le larbinisme est une faillite morale. Lorsqu’ils deviennent un mode d’expression politique, ils constituent un danger pour la République. Un chef d’Etat n’a pas besoin de griots numériques qui applaudissent avant même de réfléchir. Il a besoin de citoyens exigeants, capables de soutenir ce qui est juste et de critiquer ce qui ne l’est pas.
La démocratie ne se nourrit pas de l’encens. Elle vit de la contradiction, de l’intelligence et du respect des règles communes.
A ceux qui rêvent de réécrire les règles du jeu pour plaire au pouvoir, une vérité mérite d’être rappelée : les institutions d’une République ne sont pas des jouets entre les mains de flagorneurs en mal de reconnaissance. Elles appartiennent au peuple sénégalais.
Le Sénégal mérite mieux que des apprentis sorciers du commentaire politique. Il mérite un débat à la hauteur de sa démocratie, de son histoire et des sacrifices consentis par des générations entières pour que la République demeure plus forte que les ambitions personnelles et les flatteries de circonstance.