Par Mamadou Sèye
Le premier vote indicatif organisé par le Conseil de sécurité des Nations unies n’a pas désigné le futur Secrétaire général. Il ne s’agit ni d’un scrutin décisif ni d’une élimination. Les consultations se poursuivront encore pendant plusieurs semaines avant que le Conseil ne recommande un candidat à l’Assemblée générale.
Pourtant, derrière cette prudence institutionnelle, les diplomates savent qu’un premier vote révèle souvent les grandes tendances qui structureront la suite du processus.
C’est précisément ce qui ressort des résultats des consultations du 30 juillet.
L’ancienne vice-présidente du Costa Rica, Rebeca Grynspan, est arrivée nettement en tête avec dix votes d’encouragement. Elle est suivie par l’ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana, Carolyn Rodrigues-Birkett, qui recueille neuf voix favorables. En troisième position figure le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, avec sept votes favorables.
L’ancien Président sénégalais Macky Sall obtient, quant à lui, six votes d’encouragement, mais également sept votes de découragement.
C’est sans doute là que réside la principale difficulté de sa candidature.
Dans cette procédure, il ne suffit pas de compter ses soutiens. Il faut également mesurer le niveau de rejet qu’inspire chaque candidat. Plus un candidat accumule des votes de découragement, plus il devient difficile de construire, au fil des tours, le consensus indispensable à son élection. Or le futur Secrétaire général devra non seulement réunir au moins neuf voix au Conseil de sécurité, mais surtout éviter le veto de l’un des cinq membres permanents.
La communication de l’équipe de campagne de Macky Sall est naturellement restée optimiste. Elle rappelle, à juste titre, que ce premier vote n’est pas contraignant et que plusieurs consultations sont encore prévues jusqu’au mois d’octobre. Juridiquement, rien n’est joué.
Mais la diplomatie ne fonctionne pas uniquement sur le droit. Elle fonctionne aussi sur les dynamiques politiques.
Or celles-ci semblent aujourd’hui orientées dans une direction bien précise.
Pour la première fois depuis la création de l’Organisation des Nations unies, une majorité de membres du Conseil de sécurité paraît favorable à l’élection d’une femme au poste de Secrétaire générale. Les deux premières places occupées par Rebeca Grynspan et Carolyn Rodrigues-Birkett ne doivent rien au hasard. Elles traduisent une volonté politique qui dépasse les seules qualités individuelles des candidates.
A cette dynamique s’ajoute une autre logique bien connue des diplomates : la rotation géographique. Après le mandat de l’Européen António Guterres, de nombreux Etats estiment que le moment est venu pour l’Amérique latine et les Caraïbes d’accéder à la tête de l’Organisation. Là encore, les deux candidates les mieux placées appartiennent précisément à cette région.
Les précédents historiques renforcent encore cette impression.
Comme l’a rappelé Richard Gowan, spécialiste des Nations unies au sein de l’International Crisis Group, les deux derniers secrétaires généraux, Ban Ki-moon en 2006 et António Guterres en 2016, étaient déjà arrivés en tête du premier vote indicatif avant d’être finalement élus.
Ce précédent ne constitue évidemment pas une règle absolue. L’histoire ne se répète jamais mécaniquement. Mais elle montre que le premier scrutin révèle souvent la dynamique dominante de la campagne.
Dans ce contexte, la candidature de Macky Sall se retrouve confrontée à une équation particulièrement complexe.
Il lui faudrait non seulement convaincre plusieurs Etats ayant déjà exprimé des réserves, mais également inverser une tendance qui favorise simultanément une candidate, une femme et une région du monde.
Une telle remontée reste théoriquement possible. Elle supposerait toutefois un profond bouleversement des équilibres diplomatiques actuels.
C’est pourquoi le véritable enseignement de ce premier vote n’est pas que Macky Sall serait éliminé. Ce serait une conclusion prématurée.
Le véritable enseignement est ailleurs : la dynamique politique du scrutin ne lui est pas favorable.
En diplomatie multilatérale, les campagnes se gagnent rarement contre la dynamique. Elles se gagnent en l’incarnant.
A ce stade, cette dynamique semble porter un nom : Rebeca Grynspan.
Les prochaines consultations diront si cette première impression se confirme. Mais une chose apparaît déjà avec une relative clarté : si Macky Sall demeure officiellement candidat, le chemin qui mène au secrétariat général des Nations unies s’est considérablement rétréci après ce premier test.
L’optimisme affiché par son équipe relève de la communication de campagne. Les résultats, eux, dessinent une réalité diplomatique beaucoup plus exigeante.