Le calendrier républicain n’est pas une variable d’ajustement

Par Mamadou Sèye

Une démocratie ne se mesure pas seulement à la qualité de ses discours. Elle se juge surtout à sa capacité à respecter les règles qu’elle s’est elle-même fixées.

Le calendrier électoral fait partie de ces règles fondamentales. Il n’est ni une faveur accordée aux partis politiques, ni un privilège concédé à l’opposition. Il constitue un engagement de l’Etat envers les citoyens. Chaque échéance électorale est un rendez-vous entre le peuple et la République.

C’est pourquoi les appels au respect du calendrier des élections locales de 2027 méritent d’être entendus. Au-delà des intérêts des formations politiques, c’est la crédibilité de nos institutions qui est en jeu.

Depuis trop longtemps, l’Afrique souffre d’une réputation peu enviable : celle de pays où les Constitutions sont modifiées au gré des circonstances, où les calendriers électoraux deviennent des instruments de calcul politique et où les institutions sont parfois soumises aux intérêts du moment. Cette image de « République bananière » est une blessure que les Etats africains doivent définitivement refermer.

Le Sénégal s’est toujours voulu une référence démocratique. Cette réputation ne se préservera pas par des déclarations d’intention, mais par le respect scrupuleux des échéances prévues par la loi.

Il est d’autant plus regrettable de constater qu’au lieu de travailler à renforcer l’adhésion populaire autour de leur nouveau projet politique, certains soutiens du camp présidentiel préfèrent alimenter un débat aussi inopportun que dangereux sur un éventuel passage du mandat présidentiel de cinq à sept ans. Une telle perspective, sans demande populaire clairement exprimée, apparaît en total décalage avec les préoccupations quotidiennes des Sénégalais.

Le pays attend des réponses sur le coût de la vie, l’emploi des jeunes, la santé, l’école, le développement des territoires et la bonne gouvernance. Il n’attend pas que l’on ouvre des controverses susceptibles de fragiliser le consensus républicain. Dans une démocratie apaisée, les règles du jeu ne changent pas au gré des intérêts ou des difficultés politiques du moment.

Reporter une élection sans nécessité impérieuse, jouer avec les délais ou entretenir l’incertitude, c’est installer une tension inutile dans le pays. Les citoyens ont besoin de visibilité. Les collectivités territoriales ont besoin de stabilité. Les acteurs politiques ont besoin de règles claires. La démocratie, elle, a besoin de prévisibilité.

Le peuple sénégalais mérite mieux que des débats récurrents sur la date des élections. Les institutions ne doivent pas devenir des terrains d’expérimentation politique. Elles sont le patrimoine commun de la Nation.

On ne gouverne pas un peuple en jouant avec ses nerfs. On ne consolide pas une démocratie en laissant planer le doute sur les règles du jeu. Ceux qui, hier, dénonçaient avec vigueur les entorses aux principes républicains ont aujourd’hui le devoir moral et politique d’en être les premiers gardiens. La cohérence est une exigence de l’Etat de droit.

Le respect du calendrier républicain est aussi une question de respect des citoyens. La République est plus forte lorsque chacun accepte de se soumettre aux mêmes règles, gouvernants comme opposants. C’est cette discipline institutionnelle qui distingue un Etat de droit d’un régime d’opportunité.

Le Sénégal a une responsabilité particulière. Il doit continuer à incarner une démocratie où la parole de l’Etat vaut engagement, où les institutions ne sont pas façonnées au gré des circonstances et où le calendrier républicain est respecté avec rigueur. C’est à ce prix que notre pays préservera son prestige démocratique et la confiance des citoyens.

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