Diomaye , la médaille et le vieux nègre

Par Mamadou Sèye

Quand les distinctions internationales se multiplient, la question de leur valeur finit par s’imposer. A New York, le Président sénégalais reçoit un prix au nom particulièrement ronflant. Un détour par Ferdinand Oyono s’impose.

Le 24 septembre dernier, à New York, le Président Bassirou Diomaye Faye a reçu, par l’intermédiaire de sa Haute Représentante, Aminata Touré, le Prix du leadership africain inspirant, décerné par le 12ᵉ Forum international sur le leadership afro-caribéen (IFAL 2026). Le chef de l’Etat était alors retenu à la tribune des Nations Unies.

Heureusement, le Président de la République n’a pas eu à interrompre son agenda new-yorkais pour aller chercher lui-même cette distinction. Il aurait manqué à la scène une certaine retenue, sans laquelle les cérémonies de remise de médailles risquent de devenir des exercices d’autocélébration.

Le titre du prix, à lui seul, mérite pourtant qu’on s’y arrête. Leadership africain inspirant ! Rien que cela. A croire que le continent attendait, depuis des siècles, qu’un jury réuni à New York lui désigne enfin l’une de ses figures inspiratrices.

Ferdinand Oyono, dans son célèbre roman Le Vieux Nègre et la médaille, avait pourtant déjà raconté, avec une ironie redoutable, les ambiguïtés de ces honneurs que les puissants distribuent aux colonisés. Une médaille peut briller sur une poitrine sans éclairer la condition de celui qui la porte. Et les cérémonies les plus solennelles ne garantissent ni la sincérité des intentions ni la portée de la reconnaissance accordée.

Le rapprochement avec cette œuvre n’a rien d’une condamnation personnelle du Président sénégalais. Il interroge plutôt un mécanisme qui dépasse largement le Sénégal : celui d’une Afrique régulièrement conviée à célébrer des distinctions internationales dont les critères, les jurys et les procédures de sélection mériteraient parfois d’être mieux connus du public.

Qui compose le comité de sélection de l’IFAL ? Sur quels critères le leadership africain inspirant est-il évalué ? Quels résultats concrets ont conduit à retenir le Président sénégalais parmi les personnalités distinguées ? La publication de ces éléments permettrait aux citoyens de mesurer la portée de cette reconnaissance et d’en apprécier la signification.

La Présidence de la République, dans son communiqué, prend d’ailleurs soin de préciser que le prix ne constitue pas un hommage personnel au chef de l’Etat, mais renvoie à une responsabilité collective entre l’Afrique, les Amériques, les Caraïbes et les communautés d’ascendance africaine. Elle évoque notamment l’engagement du Sénégal sur les questions mémorielles, la coopération entre les peuples d’ascendance africaine et le coparrainage d’une résolution relative à la traite transatlantique.

Ces initiatives diplomatiques sont des faits qui peuvent être documentés et discutés. Elles ne dispensent cependant pas de s’interroger sur la nature même de la distinction et sur ce qu’elle prétend consacrer.

Le leadership ne se décrète pas à coups de trophées. Il se construit dans la durée, se mesure à la conduite des affaires publiques et se confronte aux attentes des populations. Un prix international peut reconnaître une initiative, saluer un engagement ou encourager une politique. Il ne saurait tenir lieu de bilan national.

Au Sénégal, les citoyens attendent des réponses sur l’emploi, le pouvoir d’achat, l’école, la santé, l’électricité et les perspectives offertes à la jeunesse. Ce sont ces réalités quotidiennes qui donnent finalement leur contenu aux mots leadership et inspiration.

New York peut bien distribuer ses médailles. Dakar, elle, a ses propres critères d’appréciation : ceux d’un peuple qui attend des résultats et qui conserve le droit de demander des comptes à ses dirigeants.

L’Afrique n’a pas besoin que des institutions extérieures lui apprennent qui doit l’inspirer. Elle a besoin d’institutions solides, de dirigeants responsables et de politiques publiques dont les effets se vérifient dans la vie de ses populations.

Quant au Président Bassirou Diomaye Faye, il n’avait nul besoin de se déplacer pour recevoir cette distinction. Aminata Touré s’en est chargée en son nom. Une sobriété protocolaire qui évite au moins de confondre la fonction présidentielle avec une cérémonie de remise de prix.

Oyono, lui, aurait sans doute trouvé dans cette actualité new-yorkaise matière à quelques pages supplémentaires. Son vieux Meka n’a pas fini de nous instruire sur les médailles, les honneurs et les illusions qu’ils peuvent entretenir.

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