Déclaration de patrimoine : Sonko déclaré… et pourtant encore coupable ?

Par Mamadou Sèye

Il y a des polémiques qui finissent par se retourner contre ceux qui les alimentent. Celle qui accompagne depuis hier la déclaration de patrimoine d’Ousmane Sonko semble prendre cette direction.

Ses adversaires avaient fait de cette déclaration un véritable enjeu politique, allant jusqu’à laisser entendre qu’il rechignait à s’y soumettre. Une accusation plutôt curieuse lorsqu’on connaît la bataille qu’il mène lui-même pour davantage de transparence dans la gestion publique et pour un meilleur encadrement des fonds politiques.

La polémique vient pourtant de changer de nature.

Au cours de sa conférence de presse, le président de l’OFNAC a révélé que Sonko avait effectué une déclaration de patrimoine comme Premier ministre entrant, puis comme Premier ministre sortant, alors même que cette dernière n’était pas obligatoire. Il en a également fait une en qualité de président de l’Assemblée nationale.

Il l’a donc faite. Plusieurs fois.

Difficile, dès lors, de continuer à soutenir qu’il aurait cherché à échapper à cette obligation.

Mais voilà qu’Aldiouma Sow, devenu l’un de ses adversaires les plus zélés, trouve encore matière à reproche : Sonko aurait dû rendre sa déclaration publique.

Pourquoi pas ? La publication des déclarations de patrimoine peut parfaitement faire l’objet d’un débat démocratique. Mais il faut alors distinguer ce que la loi exige de ce que l’on souhaiterait qu’elle exige.

Sinon, la transparence devient elle-même un prétexte à polémique.

Car le fait nouveau est simple : l’OFNAC confirme que Sonko s’est conformé à ses obligations et qu’il a même effectué une déclaration dans une situation où elle n’était pas obligatoire.

A ce stade, ses adversaires pourraient simplement le reconnaître. Ils auraient ensuite tout loisir de défendre une réforme visant à rendre publiques les déclarations de patrimoine, si telle est leur conviction.

Mais transformer une conformité à la loi en nouveau grief donne surtout l’impression qu’il faut, coûte que coûte, trouver quelque chose à reprocher à Sonko.

Et c’est là que la démarche devient politiquement contre-productive.

Aldiouma Sow peut contester les choix, les méthodes ou les orientations de l’ancien Premier ministre. C’est le jeu démocratique. Mais lorsqu’une institution chargée précisément de la transparence vient confirmer que celui-ci a effectué ses déclarations, persister dans l’accusation initiale revient surtout à fragiliser son propre argumentaire.

Le président Bassirou Diomaye Faye attend certainement mieux de ceux qui l’accompagnent. Un pouvoir a besoin de contradicteurs intelligents, de débats solides et de critiques qui élèvent le niveau, pas de polémiques qui encombrent l’espace public et finissent par servir l’adversaire.

On n’aide pas un Président en insistant sur la bêtise.

Hier, on demandait à Sonko de déclarer son patrimoine.

Aujourd’hui, l’OFNAC nous apprend qu’il l’a fait à plusieurs reprises.

Il faudrait peut-être simplement avoir l’élégance politique de le reconnaître.

A force de vouloir absolument découvrir une faute chez l’adversaire, on finit par transformer chaque conformité en soupçon et chaque effort de transparence en procès.

Et cela, pour la démocratie comme pour le pouvoir, n’est franchement pas très productif.

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