Par Mamadou Sèye
La Déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, ce mardi 8 septembre devant l’Assemblée nationale, aura été un moment important de la nouvelle séquence politique sénégalaise. Dans un contexte économique et financier difficile, le chef du gouvernement a réaffirmé le cap de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, tout en annonçant une méthode revue, fondée sur la rigueur, la responsabilité et l’évaluation des résultats. Une séquence ouverte par le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, dont la présence et la nouvelle fonction donnent à cette DPG une portée politique particulière.
Il y avait, dans l’hémicycle, plus qu’un simple exercice constitutionnel.
La scène avait une portée symbolique : Ousmane Sonko, qui avait lui-même présenté une Déclaration de politique générale comme Premier ministre, présidait désormais l’Assemblée nationale au moment où son successeur venait exposer devant les députés la feuille de route de son gouvernement.
La séance a été ouverte par le Président de l’Assemblée nationale devant le Premier ministre et les membres du gouvernement.
Le symbole n’a pas échappé à l’observation.
Le cap reste Sénégal 2050
Ahmadou Al Aminou Lô a été clair : son action gouvernementale reste adossée à l’Agenda national de transformation Sénégal 2050.
Mais le Premier ministre a également annoncé une évolution de la méthode.
Le cap est maintenu, mais la manière de le mettre en œuvre doit être revue. Cette approche place la rigueur dans la gestion publique, l’efficacité de la dépense et l’évaluation de l’impact des politiques au cœur de l’action gouvernementale.
Le choix est particulièrement significatif dans le contexte actuel.
Car le Sénégal doit simultanément redresser ses finances publiques, restaurer la confiance et poursuivre les transformations annoncées aux populations.
Le gouvernement entend donc conjuguer ambition et réalisme.
Le redressement comme priorité
Le Premier ministre a placé le redressement économique et financier au premier rang de ses priorités.
La dette, la maîtrise des dépenses publiques, l’amélioration de la rentabilité des investissements et la mobilisation des ressources nationales occupent une place centrale dans la nouvelle feuille de route.
Mais l’objectif affiché n’est pas celui d’une simple politique d’austérité.
Il s’agit, selon le gouvernement, de créer les conditions permettant au Sénégal de retrouver des marges de manœuvre et de financer durablement ses priorités.
Le programme conclu avec le Fonds monétaire international est, dans cette logique, présenté comme compatible avec les orientations de Sénégal 2050.
Autrement dit : le redressement financier doit servir la transformation, et non la remplacer.
L’énergie, un dossier hautement sensible
La question énergétique figure parmi les grands chantiers de cette DPG.
Le gouvernement entend réduire progressivement le poids des subventions énergétiques, avec un objectif inférieur à 1 % du PIB à l’horizon 2029.
Mais cette évolution doit s’accompagner d’un recentrage des soutiens sur les ménages et les petites activités les plus vulnérables, à travers notamment un tarif social.
Le sujet est particulièrement sensible pour les Sénégalais, car il touche directement au coût de la vie et à la compétitivité de l’économie.
La réussite de cette politique se mesurera donc moins aux chiffres annoncés qu’à ses effets concrets sur les factures des ménages et sur l’activité des entreprises.
Produire des résultats dans les territoires
Autre axe fort : la territorialisation de l’action publique.
Le gouvernement entend rapprocher la décision des populations et réduire les disparités entre les territoires, en s’appuyant notamment sur l’agriculture, la maîtrise de l’eau, le foncier et l’amélioration des services publics.
Cette orientation est essentielle.
Le Sénégal 2050 ne pourra être crédible que s’il est également visible au-delà de Dakar : dans les régions, les communes, les zones rurales et les territoires jusque-là moins bien servis par les politiques publiques.
Sonko, une autre place mais un rôle central
La présence d’Ousmane Sonko donne enfin à cette DPG une dimension politique particulière.
L’ancien Premier ministre n’était plus à la tribune du gouvernement. Il était au perchoir, chargé de conduire les travaux de la représentation nationale.
Ce changement de fonction ne gomme évidemment pas son rôle dans la genèse du projet politique actuellement au pouvoir.
Au contraire.
La DPG d’Al Aminou Lô s’inscrit dans la continuité d’un projet dont Sonko a été l’un des principaux architectes politiques. Mais elle intervient dans une phase différente : celle où les promesses doivent désormais être confrontées aux contraintes de l’exercice du pouvoir et aux exigences des résultats.
C’est sans doute là que réside l’un des enseignements majeurs de cette journée.
Le temps des résultats
Au terme de cette DPG, une chose apparaît clairement : le gouvernement entend maintenir le cap de Sénégal 2050 tout en changeant de méthode pour atteindre ses objectifs.
Le discours a placé le redressement des finances publiques, la souveraineté économique et alimentaire, l’emploi, l’énergie, le logement et l’équité territoriale au cœur de l’action gouvernementale.
Mais désormais, le débat ne portera plus seulement sur les orientations.
Il portera sur leur traduction dans la vie quotidienne.
Car derrière les milliards, les grands projets, les réformes et les indicateurs économiques, il y a une attente très simple : que le Sénégalais voie et ressente les effets du changement annoncé.
C’est à cette aune que seront jugés le gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lô, la majorité au pouvoir et, plus largement, le projet de transformation porté depuis 2024.
Le cap est maintenu. La méthode est revue. Le temps des résultats, lui, est désormais ouvert.