Par Mamadou Sèye
Il faut parfois remonter très loin dans l’Histoire pour mesurer la petitesse de certaines batailles contemporaines. Dans la Rome antique, Cicéron, Caton ou César pouvaient combattre leurs adversaires avec une redoutable vigueur. Mais derrière les affrontements existait encore une notion aujourd’hui bien malmenée : la virtus, c’est-à-dire le courage, la maîtrise de soi, la dignité et le sens de l’honneur. On pouvait être ennemi sans être misérable. On pouvait vouloir vaincre sans chercher à déshonorer.
C’est précisément ce qui manque à certaines pratiques politiques contemporaines.
Lorsqu’on ne possède plus assez d’arguments pour convaincre, on cherche les petites failles, les intermédiaires, les confidences, les vieilles histoires et les coups tordus. Lorsqu’on ne peut plus affronter un adversaire à visage découvert, on préfère les couloirs aux places publiques, les manipulations aux convictions et les petites mains à la confrontation directe. C’est la politique des faibles : beaucoup de calculs, beaucoup de bruit et bien peu de grandeur.
Un adversaire politique n’est pourtant pas un ennemi qu’il faudrait abattre par tous les moyens. On peut combattre ses idées, contester son programme, vouloir empêcher son accession au pouvoir. Mais, dans une démocratie, il demeure un citoyen qui doit pouvoir défendre ses convictions et solliciter les suffrages du peuple. Le reste appartient aux électeurs.
La grandeur politique commence précisément là où cesse la peur de l’adversaire.
Celui qui se croit supérieur n’a pas besoin de tricher. Il débat, argumente, convainc et, s’il perd, recommence. La lâcheté, elle, préfère les couloirs aux tribunes, les insinuations aux arguments et les combats sans témoins. Elle rêve de victoires dont personne ne puisse identifier les véritables artisans.
Mais l’Histoire finit toujours par poser les mêmes questions : qui a fait quoi ? Qui a manipulé qui ? Qui avait intérêt à provoquer quoi ? Et il arrive que les prétendus vainqueurs découvrent qu’ils ont gagné une bataille tout en perdant quelque chose de beaucoup plus précieux : leur dignité.
Le Sénégal mérite mieux que ces affrontements de coulisses. Il mérite des responsables capables de se regarder dans les yeux, des adversaires capables de se combattre durement sans se haïr, des perdants capables d’accepter la défaite et des vainqueurs capables de gagner sans humilier.
Combattez donc. Combattez avec vigueur, même avec férocité. Mais combattez debout.
Parce qu’après les postes, les fonctions, les victoires et les défaites, il ne reste finalement qu’une chose : la manière dont on aura choisi de combattre.
Et lorsque cette manière vous oblige à abandonner votre honneur, vous n’avez peut-être pas vaincu votre adversaire.
Vous vous êtes simplement vaincu vous-même.
La politique n’est pas un concours de bassesses. La République n’est pas une arrière-cour. Et l’adversaire n’est pas une proie.
Il existe des victoires qui grandissent un homme. Et d’autres qui le condamnent à vivre avec sa propre petitesse.