Chaque année, en septembre, le même rituel recommence. Les avions présidentiels africains prennent la direction de New York. Les délégations débarquent. Les costumes sont de sortie. Les poignées de main se multiplient. Les photographies aussi. Puis vient le grand moment : la tribune des Nations unies.
Quelques minutes de discours pour dire au monde que l’Afrique souffre, qu’elle veut davantage de justice, qu’elle réclame une réforme de l’Organisation des Nations unies, qu’elle souhaite une meilleure représentation au Conseil de sécurité, que la dette étrangle ses économies, que le changement climatique menace son avenir et que le système international doit enfin changer.
Et puis ?
Et puis chacun reprend son avion.
Bienvenue dans l’éternelle promenade new-yorkaise des chefs d’État africains.
Ne soyons pas injustes : l’Assemblée générale des Nations unies n’est pas une simple foire aux discours. C’est l’un des rares endroits où presque tous les Etats du monde se retrouvent autour d’une même table. Cette année encore, les dirigeants débattent de guerres, de paix, de développement, de climat, d’intelligence artificielle et de la crise de la gouvernance mondiale.
Mais précisément : que fait l’Afrique de cette formidable tribune ?
Depuis des décennies, le continent répète les mêmes revendications. L’une des plus anciennes est la réforme du Conseil de sécurité. L’Afrique demande une représentation permanente et défend notamment la position commune portée par le Consensus d’Ezulwini. Les négociations intergouvernementales se poursuivent encore en 2026.
Cette année, le secrétaire général de l’ONU lui-même a relancé le débat. António Guterres a qualifié l’absence d’une représentation africaine permanente au Conseil de sécurité d’indéfendable. Le président de l’Assemblée générale a également souligné que l’Afrique, qui constitue le groupe régional comptant le plus d’Etats membres, demeure sous-représentée.
Très bien.
Mais depuis combien d’années l’Afrique demande-t-elle la même chose ?
Et surtout : où est la stratégie africaine permettant de transformer cette revendication en rapport de force diplomatique ?
Voilà le vrai sujet.
Car 54 Etats africains qui prononcent séparément 54 beaux discours ne constituent pas nécessairement une puissance diplomatique. La puissance commence lorsque l’on sait parler d’une seule voix sur les questions essentielles, fixer des objectifs précis, coordonner les positions et surtout conditionner certains soutiens diplomatiques à des résultats concrets.
Sinon, New York devient une scène.
On y vient, on y parle, on y rencontre quelques dirigeants, on y prend quelques photographies, on y accorde quelques interviews et l’on rentre au pays avec le sentiment du devoir accompli.
Mais le monde, lui, continue d’avancer.
Pendant que l’Afrique réclame depuis des décennies sa place à la table des décisions, les grandes puissances continuent de décider de la guerre et de la paix, des sanctions, des grandes orientations économiques et des règles qui structurent l’ordre international.
Alors une question toute simple mérite d’être posée à nos dirigeants : qu’allons-nous chercher chaque année à New York ?
Des applaudissements ?
De la visibilité ?
Quelques rencontres bilatérales ?
Ou une véritable influence ?
Parce qu’un discours, même excellent, ne constitue pas une politique étrangère. Une poignée de main ne constitue pas une stratégie. Et une photo devant le siège des Nations unies ne constitue pas un résultat diplomatique.
L’Afrique n’a pourtant pas besoin de mendier sa place. Elle représente 54 Etats membres de l’ONU. Elle dispose d’un poids démographique, économique et géopolitique considérable. Elle contribue massivement aux opérations de maintien de la paix et se trouve au cœur de nombreuses crises internationales.
Elle devrait donc arriver à New York avec des positions négociées, des objectifs mesurables et un calendrier.
Et surtout avec une question à laquelle ses propres dirigeants devraient être capables de répondre lorsqu’ils rentreront chez eux :
Qu’avons-nous obtenu ?
Car le problème n’est pas de voyager à New York.
Le problème serait de continuer à y aller chaque année pour constater que le monde ne change pas, alors que nous ne changeons pas davantage notre manière de peser sur lui.
Sinon, rendez-vous en septembre prochain.
Pour une nouvelle promenade.