365 jours prosterné !

Par Mamadou Sèye

Une image circule, et elle vaut à elle seule un éditorial. On y voit un responsable japonais s’incliner longuement devant son peuple après une coupure d’électricité de vingt minutes. Vingt minutes seulement. Vingt minutes de privation, et déjà la responsabilité publique s’exprime par un geste d’humilité devant les citoyens.

Au Sénégal, la comparaison prête à rire. Ou plutôt à rire jaune.

Car ici, les coupures d’électricité ne se comptent plus seulement en minutes. Elles perturbent les ménages, les commerces, les ateliers, les entreprises, les services et parfois même les activités les plus élémentaires. Elles surviennent, repartent, recommencent. Et pendant ce temps, chacun cherche une explication, une justification, une cause nouvelle.

Alors, si l’on appliquait au Sénégal la même arithmétique symbolique qu’au Japon, combien de temps faudrait-il rester incliné devant les Sénégalais ?

Vingt minutes de coupure : vingt minutes prosterné.

Avec les coupures que nous subissons depuis des jours, selon les localités, il faudrait probablement prévoir un tapis suffisamment grand et un calendrier suffisamment solide.

365 jours prosterné !

Bien entendu, personne ne demande au gouvernement de passer l’année à genoux. Ce que les Sénégalais attendent de lui est beaucoup plus simple : qu’il se mette debout, qu’il regarde le problème en face et qu’il apporte des réponses à la hauteur des ambitions affichées pour notre pays.

Car il y a quelque chose de profondément dérangeant à voir un pays qui entend tirer les bénéfices de ses ressources pétrolières et gazières continuer à subir des délestages qui désorganisent la vie quotidienne.

La question n’est donc pas de savoir combien de temps il faudrait s’incliner.

Elle est de savoir combien de temps encore le citoyen sénégalais devra, lui, rester dans le noir.

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