Mimi Touré, la transparence à géométrie variable !

Par Mamadou Sèye

Les commissions d’enquête parlementaire ont réussi ce que bien des discours politiques n’avaient pas obtenu : ramener au premier plan la question de la reddition des comptes. Depuis le début des auditions, le Sénégal débat, commente, interroge. Le patrimoine bâti de l’Etat, les conditions de cession de biens publics et les responsabilités éventuelles des gestionnaires sont devenus des sujets de conversation nationale. Les commissions ont ébranlé la République en réveillant une exigence longtemps contrariée : que ceux qui ont géré les deniers publics rendent enfin compte de leur gestion.

C’est dans ce contexte qu’Aminata Touré, dite Mimi, a choisi de monter au créneau. A Bambilor, elle a demandé que les investigations soient étendues au fonds JAM pour la paix en Casamance. Au nom de la transparence et de la reddition des comptes, elle a interpellé le président de l’Assemblée nationale, non sans donner à sa sortie une coloration politique difficile à ignorer.

Mais que cherche donc Mimi Touré ? Élargir le champ des investigations est parfaitement défendable. Si la gestion du fonds JAM soulève des questions, que la lumière soit faite. Personne ne devrait pouvoir s’opposer à un contrôle régulier de l’utilisation des ressources publiques. Mais pourquoi cette intervention donne-t-elle le sentiment qu’il faudrait surtout déplacer le projecteur vers Ousmane Sonko ?

Un proverbe wolof résume admirablement cette posture : « Je n’en fais pas partie » vaut mieux que « je ne suis pas le seul ». La nuance est fondamentale. Que d’autres personnes soient éventuellement concernées par des irrégularités ne constitue ni une défense ni une excuse. La multiplication des dossiers ne fait disparaître aucune responsabilité. Elle ne blanchit personne.

La transparence n’est pas un instrument de combat contre ses adversaires. Elle est une obligation qui s’impose à tous, y compris à ceux qui prétendent en être les meilleurs défenseurs.

Mimi Touré semble également oublier une réalité politique embarrassante pour ceux qui voudraient présenter ces commissions comme une simple manœuvre de PASTEF. Le groupe parlementaire Takku Wallu a lui aussi demandé la création d’une commission d’enquête, une initiative acceptée par la majorité. L’Assemblée nationale n’est donc pas engagée dans une entreprise exclusivement conçue par le groupe majoritaire contre ses adversaires.

Dès lors, la sortie de l’APR réclamant l’arrêt de ce qu’elle qualifie de « farce de mauvais goût » devient difficile à défendre. Comment réclamer des enquêtes, en solliciter soi-même, puis dénoncer le principe même de ces investigations lorsqu’elles occupent le devant de la scène politique ? La contradiction est manifeste.

Il faut le rappeler : une commission d’enquête parlementaire n’est pas un tribunal. Elle ne prononce pas de condamnations pénales. Mais elle peut contribuer à établir les faits, à éclairer les citoyens et à identifier les responsabilités politiques ou administratives. C’est précisément cette possibilité qui explique l’attention exceptionnelle dont ses travaux font aujourd’hui l’objet.

Et voilà que Mimi Touré voudrait distribuer les leçons de transparence !

Le problème est que son propre parcours administratif ne lui permet pas d’aborder cette question comme si elle était extérieure aux interrogations portant sur la gestion publique. Sa gestion du Conseil économique, social et environnemental a elle-même fait l’objet de vérifications de l’Inspection générale d’Etat. Des éléments de ce dossier ont été évoqués dans l’espace public et des suites judiciaires ont été rapportées. Il appartient aux institutions compétentes d’en établir la portée exacte et de déterminer les responsabilités éventuelles.

Mais politiquement, la question est incontournable : au nom de quoi Mimi Touré s’érige-t-elle en donneuse de leçons, alors que sa propre gestion a suscité des interrogations auxquelles elle doit pouvoir répondre avec la même exigence de transparence qu’elle réclame pour les autres ?

Ce n’est pas une attaque personnelle. C’est une question de cohérence et d’exemplarité. Les fonctions publiques ne confèrent aucun droit à distribuer les bons et les mauvais points en matière de probité. Elles imposent, au contraire, une obligation de rendre compte.

La posture de Mimi Touré devient d’autant plus problématique que son intervention ne semble pas apporter grand-chose au débat sur le fond. Etendre les investigations à d’autres dossiers, pourquoi pas ? Mais cette proposition ne saurait tenir lieu de réponse aux questions déjà soulevées. La reddition des comptes n’est pas une partie de cache-cache où chacun désigne un autre pour détourner l’attention de soi.

Et c’est peut-être là que réside le véritable malaise. Au Sénégal, les citoyens ne veulent plus seulement entendre les responsables politiques proclamer leur attachement à la transparence. Ils veulent voir les mécanismes de contrôle fonctionner, les faits établis, les responsabilités déterminées et les procédures suivre leur cours. Ils ne veulent plus d’une République dans laquelle l’exigence de justice varie selon les rapports de force et les proximités politiques.

Mimi Touré devrait méditer cette réalité : dans une République qui réclame des comptes, personne ne peut durablement s’installer dans le rôle du procureur politique sans accepter que son propre bilan soit examiné.

Les commissions d’enquête ont ouvert un espace de confrontation autour d’une question essentielle : qui a fait quoi, avec quels moyens, selon quelles règles et sous quelle responsabilité ? Il faut laisser les parlementaires travailler, exiger des réponses précises et veiller à ce que leurs travaux ne se substituent jamais à la justice.

La transparence ne doit être ni sélective ni théâtrale. Elle doit être intégrale, impartiale et sans exception.

Et si Mimi Touré veut réellement que toutes les gestions publiques soient examinées, elle devrait commencer par défendre ce principe sans chercher à en faire un levier contre un adversaire politique. Car, au bout du compte, la reddition des comptes n’est pas une affaire de communication. C’est une exigence républicaine qui vaut pour tous, sans distinction de camp, de fonction ou de proximité avec le pouvoir.

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