PASTEF: quand les militants refusent d’être les marchepieds des carrières

Par Mamadou Sèye

Il arrive qu’un mouvement politique découvre, une fois arrivé au pouvoir, que ceux qui ont combattu pour sa victoire ne partagent pas nécessairement les mêmes ambitions que ceux qui en recueillent les dividendes. C’est l’une des épreuves les plus difficiles auxquelles une formation politique puisse être confrontée : distinguer les compagnons de combat des passagers de circonstance.

Le paradoxe est cruel. Des hommes ont été portés à des responsabilités par une dynamique politique dont Ousmane Sonko fut l’un des principaux artisans. Certains ont été nommés, d’autres élus, d’autres encore ont bénéficié de la confiance d’un mouvement qui avait fait de la rupture avec les pratiques anciennes sa raison d’être. Pourtant, une fois installés dans leurs fonctions, certains ont fini par prendre leurs distances avec celui dont le combat avait contribué à leur ascension.

Il ne s’agit pas de contester à quiconque le droit de changer d’avis, de défendre une autre orientation ou de prendre ses distances avec un dirigeant. La liberté de conscience et le désaccord politique sont inhérents à toute démocratie. Mais une question demeure : que vaut un engagement politique lorsque les responsabilités obtenues deviennent plus importantes que le projet au nom duquel elles ont été conquises ?

C’est précisément cette interrogation qui nourrit le débat au sein de PASTEF. Les militants qui ont vécu les années de confrontation, les épreuves, les sacrifices et les incertitudes ne semblent plus disposés à accepter que leur engagement collectif serve de marchepied à des ambitions individuelles. Ils ont soutenu un projet, défendu une cause et accompagné un homme dans un combat dont l’issue était loin d’être acquise. Ils veulent désormais que les leçons de cette expérience soient tirées.

Leur fidélité à Ousmane Sonko ne signifie pas qu’ils consentent à toutes les pratiques au nom de cette fidélité. Elle traduit, au contraire, leur volonté de préserver le sens du combat engagé. Ils peuvent continuer à accompagner leur leader tout en exigeant que le mouvement auquel ils appartiennent se protège contre les calculs de carrière et les ralliements dont la solidité ne se vérifie qu’aussi longtemps que les intérêts convergent.

C’est là que se pose la question de l’ouverture politique. Un parti appelé à exercer le pouvoir ne peut se replier sur lui-même ni refuser toute compétence extérieure à ses rangs. Mais l’ouverture ne saurait signifier l’effacement de ses critères d’engagement, encore moins la mise à l’écart de ceux qui ont construit patiemment sa force. Accueillir est une chose ; accorder sa confiance sans discernement en est une autre.

Un mouvement politique ne peut pas non plus prétendre incarner une rupture et reproduire, dans ses propres rangs, les comportements qu’il dénonçait hier. Si les investitures, les nominations et l’accès aux responsabilités deviennent les principaux ressorts de l’adhésion, alors le projet collectif risque de se réduire à une addition d’intérêts individuels. Et les militants, après avoir été les acteurs de la conquête, se retrouvent relégués au rôle de spectateurs de la distribution des postes.

La difficulté est d’autant plus grande que la fidélité à un leader ne saurait tenir lieu, à elle seule, de doctrine, de programme ou de discipline politique. Un mouvement durable doit reposer sur des convictions partagées, des règles connues et une exigence de cohérence. La confiance personnelle peut contribuer à sa construction ; elle ne saurait remplacer durablement ces fondations.

Le véritable enjeu n’est donc pas de traquer les dissidents ni de transformer chaque divergence en procès en trahison. Il est de faire en sorte que l’engagement politique conserve un sens au-delà des postes et des avantages qu’il peut procurer. Ceux qui changent de camp ou d’orientation doivent pouvoir assumer leurs choix. Mais ceux qui demeurent fidèles à un combat ont également le droit de demander des comptes sur la manière dont ce combat est conduit et sur les personnes auxquelles il ouvre les portes du pouvoir.

Au fond, les militants de PASTEF sont confrontés à une épreuve classique de la vie politique : comment préserver l’idéal qui a mobilisé des milliers de personnes lorsque cet idéal donne accès aux responsabilités et aux privilèges attachés au pouvoir ?

La réponse ne réside ni dans le culte de la personnalité ni dans la fermeture systématique du mouvement. Elle passe par une clarification des engagements, une sélection plus exigeante des responsables et la primauté du projet sur les ambitions particulières.

Car un combat politique ne peut pas être la propriété exclusive de ceux qui en occupent les fonctions. Il appartient aussi à ceux qui l’ont rendu possible, à ceux qui continuent de le défendre et à ceux qui attendent encore que les promesses de rupture se traduisent dans les actes.

Les militants peuvent rester fidèles à Sonko sans accorder un blanc-seing à tous ceux qui gravitent autour du pouvoir. Ils peuvent défendre leur leader tout en refusant que leur confiance soit utilisée comme une garantie permanente au bénéfice de carrières individuelles.

C’est peut-être là le signe d’une nouvelle exigence au sein du mouvement : ne plus confondre la loyauté avec la soumission, l’ouverture avec l’absence de discernement, ni la conquête du pouvoir avec la réussite d’un projet politique.

Car, en définitive, les militants ne se sont pas battus pour devenir les marchepieds de ceux qui ambitionnaient des postes. Ils se sont battus pour changer les règles du jeu politique. Et ils sont en droit d’exiger que cette ambition survive à l’épreuve du pouvoir.

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