Aminata Touré, la lettre caduque et l’exigence du “tégui touma”

Par Mamadou Sèye

Il arrive que certaines séquences politiques, en apparence anecdotiques, révèlent en réalité des lignes de fracture profondes. L’agitation autour de la présumée nomination de Madame Aminata Touré à la tête de la « coalition Diomaye » fait partie de ces moments qui appellent un minimum de clarté. Car ce qui s’y joue n’est pas seulement une bataille de positionnement ; c’est une question de cohérence politique, de crédibilité personnelle et de respect des faits.

Le 8 novembre, au parking du stade Léopold Sédar Senghor, Ousmane Sonko avait tranché net : oui, il y avait des tractations et conciliabules visant à placer une dame à la tête du regroupement. Mais il avait rappelé que la seule femme reconnue jusque-là dans ce dispositif était Madame Aïssatou Mbodj. Et surtout, il avait précisé que la personne pressentie pour lui succéder avait été épinglée par un rapport de l’IGE. La remarque était lourde de sens : on ne bâtit pas une coalition, encore moins une légitimité, sur des dossiers qui manquent de netteté.

C’est après cette mise au point que Madame Aminata Touré a brandi, dans son groupe WhatsApp, une lettre censée la nommer à la tête de la coalition Diomaye, pour en conduire la restructuration « sous la direction éclairée du Premier ministre Ousmane Sonko ». Le tout, dit-on, signé du Président Diomaye Faye.

Mais la première question qui se pose est simple : avant de prétendre diriger une coalition, Aminata Touré ne devait-elle pas d’abord répondre aux accusations formulées par l’IGE ? En wolof, on dirait : tégui touma — balayer d’abord devant sa propre porte. Car on ne peut réclamer une place d’arbitre politique quand des zones d’ombre persistent sur sa propre gestion publique. La morale républicaine, comme la simple logique, commande de commencer par là.

La deuxième question est tout aussi essentielle : comment une lettre peut-elle confier une mission sous « la direction éclairée » d’Ousmane Sonko alors que celui-ci a publiquement récusé le schéma même qu’on essaie de lui rattacher ? Comment pourrait-il superviser une restructuration portée par quelqu’un qu’il a explicitement désavoué ? L’incohérence est patente, presque embarrassante.

Dès lors, Madame Aminata Touré ne peut se prévaloir d’exécuter une directive du Chef de l’Etat ; pas davantage de travailler sous la direction de Sonko. Elle utilise une lettre dont la valeur politique est caduque, contredite par les déclarations publiques et incompatible avec la ligne officielle portée par PASTEF.

Cette agitation révèle surtout une vérité que l’on tente souvent de masquer : la coalition Diomaye n’a pas encore d’existence politique solide. Elle n’a ni socle électoral, ni orientation idéologique claire, ni reconnaissance consensuelle. Elle demeure un objet politique non identifié, souvent brandi comme argument, rarement défendu comme projet. Ceux qui cherchent à s’y ériger en commandement oublient que sans le moteur réel — le duo Diomaye-Sonko et la matrice PASTEF — rien ne tient.

Dans ce contexte, la sortie d’Aminata Touré tient moins d’une logique de service public que d’un repositionnement opportuniste. Mais en politique, l’ambition n’est pas un défaut ; elle le devient lorsqu’elle se fonde sur des fragilités, des ambiguïtés ou des omissions.

Le pays a besoin de lisibilité, pas d’artifices.
Il a besoin de vérité, pas de lettres surgies opportunément.
Il a besoin d’intégrité, et cela commence par répondre aux interpellations légitimes — oui, tégui touma, avant de prétendre guider les autres.

Le reste n’est que gesticulation.


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