Par Mamadou Sèye
Depuis plusieurs semaines, le débat public semble avoir changé de nature. Les conversations portent davantage sur les stratégies des partis, les repositionnements des uns et des autres, les meetings, les lancements de formations politiques, les fidélités supposées ou les rivalités réelles. Pendant ce temps, une question simple, presque naïve, s’impose : au fait, où est passé le gouvernement ?
Un gouvernement n’est pas élu pour commenter l’actualité politique. Il est nommé pour gouverner. Gouverner, c’est décider, agir, arbitrer, rendre compte et produire des résultats. Les Sénégalais n’attendent pas un feuilleton politique permanent. Ils veulent savoir ce qui est fait pour améliorer leur quotidien.
Le pays fait face à des défis immenses. Le pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure. Les jeunes attendent des perspectives d’emploi. Les agriculteurs espèrent un bon accompagnement en cette période d’hivernage. Les opérateurs économiques réclament de la visibilité. Les collectivités territoriales attendent des réponses. Autant de sujets qui méritent une parole gouvernementale forte, régulière et rassurante.
Le silence est rarement un bon allié en politique. Car lorsqu’un gouvernement ne parle pas suffisamment de son action, d’autres imposent leur propre récit. Et ce vide est rapidement occupé par les rumeurs, les spéculations ou les polémiques.
Il ne s’agit pas de communiquer pour communiquer. Il s’agit d’expliquer les réformes, d’assumer les difficultés, de présenter les résultats obtenus et les objectifs à venir. Les citoyens ont le droit de savoir où en est l’exécution des engagements pris devant eux.
Le Premier ministre et son équipe disposent sans doute d’un agenda chargé. Les administrations continuent certainement de travailler. Mais en démocratie, une action qui n’est ni visible ni expliquée finit souvent par être perçue comme une absence d’action.
Le gouvernement gagnerait donc à reprendre l’initiative. Non pas en entrant dans les querelles partisanes, mais en occupant le terrain des politiques publiques. C’est là qu’il sera attendu. C’est là qu’il sera jugé.
Au bout du compte, les Sénégalais retiendront moins les batailles de communication que les résultats concrets obtenus. L’histoire est rarement tendre avec les gouvernements qui parlent peu de leur action, mais elle est encore plus sévère avec ceux qui donnent le sentiment d’avoir laissé la politique prendre toute la place pendant que les urgences du pays attendaient. Il est temps que le gouvernement revienne au centre de la scène, non pour faire du bruit, mais pour gouverner.