Par Mamadou Sèye
Le retour des délestages commence à installer une désagréable impression de déjà-vu. Dans plusieurs quartiers, les coupures se répètent, parfois sans véritable préavis, perturbant les activités quotidiennes et faisant peser un risque réel sur les appareils électroménagers. Mais derrière ces interruptions de courant, une autre question s’installe, plus gênante encore : pourquoi ce silence ?
Les Sénégalais avaient fini par croire que les années de délestages appartenaient à une époque révolue. On avait appris à associer les coupures à une crise ancienne, à des difficultés de production ou à des infrastructures insuffisantes. Aujourd’hui, leur réapparition, même ponctuelle ou localisée, mérite donc autre chose qu’une résignation collective.
Elle mérite des explications.
Car une coupure d’électricité n’est jamais un simple désagrément. Elle peut interrompre une activité professionnelle, immobiliser un commerce, perturber une conservation alimentaire ou endommager des équipements lorsqu’elle s’accompagne de variations de tension. Pour les ménages comme pour les petites entreprises, la facture peut rapidement devenir salée.
Ce qui surprend surtout, c’est l’absence d’une communication claire permettant aux usagers de comprendre ce qui se passe. S’agit-il d’un déficit de production ? D’incidents techniques ? De travaux sur le réseau ? De difficultés liées au combustible ? D’une tension particulière sur le système électrique ? Les citoyens n’ont pas à deviner.
La communication publique ne devrait pourtant pas attendre que l’inquiétude gagne du terrain. Lorsqu’un problème touche directement la vie quotidienne de millions de personnes, informer devient une obligation de responsabilité.
Il ne s’agit évidemment pas de dramatiser chaque coupure ni de transformer le moindre incident technique en crise nationale. Un réseau électrique est une infrastructure complexe et aucun système n’est totalement à l’abri d’une panne. Mais lorsque les interruptions deviennent suffisamment fréquentes pour être remarquées par les usagers, le minimum consiste à dire ce qui se passe, pourquoi cela se produit et, surtout, quelles dispositions sont prises pour y remédier.
Le Sénégal a beaucoup investi dans son secteur énergétique. Les citoyens sont donc en droit d’attendre que les progrès réalisés soient accompagnés d’une information à la hauteur des enjeux.
Le courant peut parfois manquer. La transparence, elle, ne devrait jamais être en délestage.