Quelque chose est peut-être en train de bouger dans le paysage politique sénégalais. Et cette fois, ce n’est ni dans un communiqué publié sur Facebook, ni dans une querelle de réseaux sociaux. Cela s’est passé ce week-end à Dakar, au Grand Rond-point des HLM Grand-Yoff, autour du lancement d’And Liggeey Gox Yi, une structure qui revendique déjà 19 partis et mouvements politiques, 15 maires ainsi que des présidents de conseils départementaux.
Son ambition est affichée sans détour : conquérir les collectivités locales en 2027 et aller jusqu’à la présidentielle de 2029 avec son propre candidat.
Le plus intéressant n’est peut-être même pas l’annonce. C’est le profil de ceux qui ont choisi d’être là. Autour de Maguette Sène, maire de Malicounda et figure de proue de l’initiative, on a notamment aperçu Thérèse Faye Diouf, Anta Babacar Ngom, le Dr Macoumba Diouf, Adama Diallo de Gossas et le Dr Malick Diop. Des parcours différents, des sensibilités qui ne se confondent pas nécessairement, mais une même volonté affichée : faire de l’ancrage territorial une force politique.
Et c’est précisément là que se trouve l’originalité de la démarche.
Depuis quelque temps, une partie du débat politique sénégalais semble s’être enfermée dans un face-à-face permanent avec Ousmane Sonko et Pastef. On commente, on répond, on polémique, on publie. Beaucoup de bruit, beaucoup de réseaux sociaux, mais pas toujours beaucoup de construction politique sur le terrain.
And Liggeey Gox Yi semble vouloir emprunter un autre chemin : celui des communes, des départements, des élus et des réalités quotidiennes des populations.
Ce choix n’est pas anodin. Une élection locale ne se gagne pas uniquement avec une présence médiatique. Elle se gagne avec une implantation, une connaissance des quartiers, des villages, des préoccupations des populations et, surtout, une capacité à produire une relation politique durable avec les électeurs.
Maguette Sène en sait quelque chose. Lors des dernières législatives, il avait déjà démontré qu’un responsable pouvait obtenir une représentation nationale à partir d’une dynamique électorale qui ne reposait pas exclusivement sur les grandes machines partisanes. Cette expérience donne forcément du crédit à l’idée selon laquelle les territoires peuvent devenir le point de départ d’une autre manière de faire de la politique.
Reste maintenant le plus difficile : transformer une addition de personnalités, de maires, de mouvements et de partis en force politique cohérente.
Car une coalition électorale peut naître rapidement. Une véritable organisation politique, elle, demande du temps, une doctrine, un projet, une discipline et une capacité à dépasser les intérêts individuels. Le défi d’And Liggeey Gox Yi sera donc de prouver qu’il ne s’agit pas seulement d’un regroupement de mécontents ou d’ambitions personnelles, mais d’une véritable offre politique.
La présidentielle de 2029 paraît encore lointaine. Les locales de 2027, en revanche, seront un premier test grandeur nature. Elles permettront de mesurer la réalité de l’implantation annoncée et la capacité de cette nouvelle structure à transformer son réseau d’élus en dynamique populaire.
Une chose est déjà certaine : 19 partis et mouvements, 15 maires et des présidents de conseils départementaux ne constituent pas un détail dans le paysage politique sénégalais.
Il faudra donc regarder cette initiative avec sérieux, sans enthousiasme prématuré et sans mépris.
Parce qu’en politique, les grandes recompositions commencent parfois par des signaux que l’on ne remarque pas immédiatement.
Et celui envoyé ce week-end depuis Grand-Yoff pourrait être de ceux-là : les territoires veulent désormais compter dans la définition du Sénégal politique de demain.
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