Par Mamadou Sèye
Les lendemains de Tabaski ont ceci de particulier qu’ils marquent souvent le retour des grandes discussions nationales.
Cette année, il y a bien sûr la politique. Mais il y a surtout un sujet qui réussit l’exploit de mettre tout le monde d’accord sur une chose : tout le monde a un avis.
A quelques jours de la Coupe du monde, le Sénégal est entré dans sa phase préférée : celle où chaque citoyen devient sélectionneur national.
Pape Thiaw a beau être le coach des Lions, il doit désormais composer avec une concurrence redoutable.
Dans les salons, sous les arbres à palabres, dans les garages, les boutiques et sur les réseaux sociaux, des millions de Sénégalais sont déjà en train de finaliser leur liste.
Et chacun est persuadé de détenir la bonne.
Les débats commencent toujours dans la bonne humeur.
Puis quelqu’un ose dire qu’un joueur ne mérite pas sa place.
A partir de cet instant, les regards se croisent, les voix montent et les experts surgissent de partout.
Certains réclament davantage de jeunesse.
D’autres privilégient l’expérience.
Les uns veulent un football offensif.
Les autres rappellent qu’une Coupe du monde se gagne d’abord avec une défense solide.
Et chacun convoque statistiques, souvenirs et convictions pour défendre sa thèse.
Le plus fascinant est que le Sénégal n’a jamais produit autant de techniciens de haut niveau que durant les jours précédant une grande compétition.
En quelques minutes, un chauffeur de taxi, un enseignant, un commerçant, un étudiant et un retraité peuvent résoudre les problèmes tactiques les plus complexes du football mondial.
Le tout avec une assurance qui ferait pâlir les plus grands entraîneurs de la planète.
Pendant ce temps, Pape Thiaw prépare sereinement son groupe.
Ou du moins, il essaie.
Car à l’heure où il réfléchit à sa liste définitive, des millions de compatriotes ont déjà publié la leur.
Parfois même plusieurs versions.
Le football a cette magie rare.
Il transforme chaque Sénégalais en passionné, en analyste, en recruteur et en stratège.
Et au fond, c’est aussi ce qui rend les Lions si particuliers.
Car derrière les joueurs qui entreront bientôt sur la pelouse, il y aura tout un peuple qui vivra chaque match comme une affaire personnelle.
A quelques jours du Mondial, une seule certitude demeure donc :
Le Sénégal n’a officiellement qu’un seul sélectionneur national. Mais dans les faits, Pape Thiaw devra gérer plusieurs millions de collègues bénévoles particulièrement inspirés.
Et il y a fort à parier que, du lendemain de Tabaski jusqu’au coup d’envoi de la compétition, les débats sur la liste des Lions seront presque aussi passionnés que les matches eux-mêmes.
Au Sénégal, avant la Coupe du monde, chacun a son équipe idéale. Et chacun est convaincu que c’est la bonne.