Détente-La peur a-t-elle peur de nous ?

Par Mamadou Sèye

Il y a des jours où la peur elle-même doit se lever fatiguée. Franchement, à force de courir derrière nous, de nous surprendre au coin d’une rue, de surgir dans un coup de fil nocturne ou dans un message WhatsApp mal interprété, elle doit bien se dire : “Mais ces gens-là, ils ne se reposent jamais ?”

Car il faut bien l’avouer, nous avons développé avec la peur une relation… presque affective. Certains la cultivent comme un petit jardin personnel. Elle est là au réveil — “Et si la journée tournait mal ?” — elle accompagne le thé — “Et si ce sucre était de trop ?” — et elle se couche avec nous — “Et si demain…” Toujours ce “et si” qui transforme le moindre silence en scénario catastrophe digne d’un film à petit budget.

Mais la peur, camarade, est aussi une grande comédienne. Elle adore exagérer. Elle prend un petit problème, lui met une perruque, ajoute des tambours, et voilà un drame national. Tu tousses une fois ? Elle convoque déjà le conseil des sages. Ton téléphone s’éteint ? Elle parle de disparition inquiétante. Quelqu’un ne répond pas à ton message ? Elle te rédige une thèse sur la trahison humaine.

Et pourtant, quand on la regarde de près — vraiment de près — elle a parfois l’air… ridicule. Oui, ridicule. Comme ce bruit étrange dans la nuit qui, après enquête, s’avère être une simple porte mal fermée. Comme cette “grave maladie” diagnostiquée par Google et qui finit en simple fatigue. Comme cette peur du regard des autres… alors que les autres eux-mêmes sont trop occupés à gérer leurs propres angoisses.

Le plus ironique, c’est que la peur est souvent en avance sur la réalité. Elle arrive avant tout le monde, s’installe, met ses pieds sur la table, et commence à raconter n’importe quoi. Et quand enfin la réalité débarque, elle dit : “Mais qui t’a invitée, toi ?”

Il faut dire aussi que nous lui donnons beaucoup d’importance. On l’écoute religieusement, on la nourrit, on la consulte presque comme un conseiller stratégique. “Et si ça ne marchait pas ?” devient parfois plus puissant que “Et si ça marchait ?”. Une simple inversion de perspective, et voilà la peur qui perd l’équilibre.

Alors peut-être que la vraie détente de ce dimanche, ce n’est pas d’éliminer la peur — mission impossible, soyons honnêtes — mais de la regarder autrement. Comme une vieille amie un peu dramatique, un peu excessive, mais finalement inoffensive tant qu’on ne lui donne pas les clés de la maison.

Rions-en un peu. Parce que la peur déteste ça. Elle préfère les visages sérieux, les fronts plissés, les soupirs lourds. Le rire la désarme. Il lui enlève son costume, son maquillage, et révèle ce qu’elle est souvent : une simple idée… qui a pris trop de place.

Et si, pour une fois, c’était nous qui faisions peur à la peur ?

Voilà une perspective qui mérite, au moins, un bon éclat de rire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *